Les feux de Farfadoc’s anatomy

Dans mon cabinet, il y a du rire, des larmes, de l’amour, des colères, de la joie, des bonnes nouvelles, des naissances, des morts, des malades, des bien portants.

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Article non sponsorisé. D’ailleurs au cab, c’est pas des Kleenex c’est des génériques, ça mouche pareil.

Il y a Justine, qui pleure toutes les larmes de son corps parce qu’elle a décidé de rompre avec l’amour de sa vie. Parce qu’il a beau être l’amour de sa vie, il part vivre à 6000 km, et qu’une relation à distance à ce point, c’est pas possible. Et parce qu’elle sait que s’il a décidé de partir, c’est parce que son travail passe avant elle.

Il y a David et Andrea, qui viennent me présenter leur petit Bastien qui vient de naître.

Il y a Jacques, qui étranglerait volontiers son responsable, avec qui il est en conflit depuis des mois. Il en bafouille encore quand il en parle, même après deux mois d’arrêt de travail.

Il y a les éclats de rire des enfants qui trouvent que quand on palpe le ventre ça chatouille, et les pleurs des bébés (et parfois des parents) au moment de certains vaccins.

Il y a des nuages de poisse, qui s’obstinent à pleuvoir sur les mêmes personnes pendant parfois plusieurs années, l’incendie après le licenciement, le cancer après l’incendie, l’accident de voiture après le cancer. J’espère qu’un jour ceux-là auront un retour de karma, parce que parfois, c’est vraiment pas juste.

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Il y a les histoires de famille, les squelettes dans le placard.

Il y a Robert, stressé et ému à l’idée de rencontrer pour la toute première fois demain son petit-fils qui a pourtant déjà 8 ans.

Il y a Laure, placée en famille d’accueil, qui me raconte à demi mots l’enfer qu’elle a vécu jusqu’ici.

Il y a l’ambiance qui change quand Pierre, après 6 consultations pour des motifs bateau, déballe son sac et me raconte son enfance, son père qui le battait, sa mère qui le rabaissait, sa violence à lui, qu’il sent prête à sortir parfois, et qui lui fait si peur.

Il y a l’immense fierté justifiée d’Elodie, qui a enfin eu son permis de conduire après le troisième essai et quelques mois de psychothérapie pour maîtriser ses phobies.

Il y a Nolan, pré-ado qui commence à jouer au grand, mais qui sourit encore quand je prends sa tension pour le certif de sport.

(Théorie de moi : les enfants grandissent quand ils ne rigolent plus pendant que je prends leur tension. Les adultes, ils disent jamais « Ça serre fort! » « Je peux faire? » « Ah oui j’adore quand on fait ça! ».)

Il y a Yasmine qui me raconte comment elle est tombée amoureuse de son mari au collège, et ne l’a jamais perdu de vue, parce qu’elle savait que c’était lui.

Il y a Charles, avec qui je pleure un peu en début de consultation quand je le revois six mois après le décès de sa Geneviève, qui s’est éteinte dans sa chambre, après des semaines d’accompagnement à domicile.

Il y a le regard lumineux de Salima quand je lui confirme que les résultats sont bons. Que ça y est, c’est fini.

Parfois, à la télé ou dans les bouquins, je me dis qu’ils en font trop. Que les histoires sont trop grosses, qu’on voit les ficellles.
Et puis je pense à mes patients. A tous les paysages émotionnels qui défilent devant mon bureau. A toutes ces histoires, joyeuses ou dramatiques, à toutes ces boîtes de mouchoirs consommées depuis 9 ans. 

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Grey’s Anatomy et les Feux de l’Amour dans la campagne française. Avec juste un peu plus de rustinage, et un peu moins d’accidents de ferry/avion/helicoptère par personne, et des vasectomies plus efficaces.

#JeKiffeMonJob

#CNGE2015 , débriefing en demi-teinte

Fin du congrès. 
C’était mon troisième congrès du CNGE, congrès des généralistes enseignants.
Que je quitte avec des sentiments mêlés, sans être trop sûre d’avoir envie de revenir l’an prochain.
Comme les deux années précédentes, j’y ai retrouvé avec plaisir des gens de toute la France, internes, thésards, maîtres de stage motivés. J’y ai vu / lu / entendu des tas de projets concernant l’enseignement en médecine générale, certains enthousiasmants, parfois en plein dans ce qu’on imagine au #MededFr.

Des projets de promotion de la MG auprès des étudiants, tôt dans le cursus. Des cours impliquant des patients témoins / patients experts. Des formations pluri-professionnelles. Des propositions pour prévenir / prendre en charge le burn-out des étudiants et internes…

La recherche en soins primaires fourmille aussi. C’est pas mon truc, je le sais, mais j’admire beaucoup celleux qui s’y attellent, qui montent des projets pour que la recherche prenne en compte les « vrais » patients dans les « vraies » conditions de la MG. C’est un terrain quasi vierge, quasi tout est à explorer.

J’y ai vu aussi beaucoup d’ambition pour la MG de demain, pour sa reconnaissance par les patients, par les soignants, par les politiques. Je ne crois pas que pour l’instant un DES en 4 ans puisse être mis en place dans des conditions acceptables pour les internes et les MSU, mais oui, à terme, un DES en 4 ans, avec une part ambulatoire nettement majoritaire et des stages vraiment formateurs pour des internes vraiment encadrés, ça serait top.

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Le monde merveilleux où un DES à 4 ans formateur et utile et avec des maîtres de stage formidables est possible.

Mais j’y ai aussi vu les mêmes chiffres (depuis 3 ans, à peu de choses près) de 1 enseignant pour 97 internes (sans même compter le deuxième cycle). Les exigences de validation du DES , les portfolios à compiler, les obstacles locaux dans certaines facs (qui a une plate forme informatique archaïque, qui un doyen hostile à la MG…) (finalement à Nantes on est plutôt chanceux!!).
On promeut la recherche en MG, on veut des thèses de qualité. Normal. Sauf que les directeurs de thèse qualifiés et motivés et capables d’aider les internes à faire des thèses méthodologiquement impeccables, il n’y en a pas des masses. Alors ils encadrent 5, 10, 15 thésards en même temps.
On veut des enseignements différents, interactifs, pas en petits groupes. Bien sûr. Alors on double, triple les cours, mais ce sont de nouveau les mêmes qui s’y collent.
Et qui lisent les portfolios, et les « traces d’apprentissage », et les « RSCA » et tout le reste. 
Et qui ont à côté de ça leurs patients, leurs consultations, leur cabinet à faire tourner. 
Et souvent en plus des engagements associatifs / syndicaux / de formation continue.

Je ne suis pas directement dedans. J’ai juste un statut de chargée d’enseignement – intermittente du spectable, je fais quelques heures par-ci par-là, et j’ai plutôt réduit la voilure depuis l’année dernière.

Mais je vois les titulaires de DMG, et encore plus les chefs de clinique, qui sont en apnée sous le boulot. Et qui dorment, un jour? Qui voient leur famille, leurs amis?
Qui vont tenir combien de temps?

Alors oui, j’ai entendu plein de projets, plein d’ambition. Mais on n’a pas de moyens. Et j’ai vraiment peur qu’on use les bonnes volontés à force de tirer sur la corde.

Accessoirement (ou pas), j’ai toujours autant de mal avec le jargon à outrance du CNGE. On a ajouté de nouvelles cases au bingo, j’ai beaucoup ri à la « matrice de socialisation ». Pour certaines communications, j’ai rien compris à ce qui se disait.

Alors je ne suis pas sûre de revenir l’an prochain. Je vais continuer à accueillir mes externes avec plaisir, et à faire un peu d’enseignement au compte-goutte sur des projets qui me motivent. Et je vais croiser les doigts pour qu’un jour, enfin, on ait les moyens de faire les choses bien pour nos internes et nos externes, sans coller tous les titulaires en burn-out.

PS : sinon, un congrès sans WIFI en 2015, c’est pas possible, les gens!!

Inversion des rôles

Je suis médecin généraliste.
Dans mes journées de consultations, je gère tout plein de situations différentes : du suivi au long cours, des bébés pour leur croissance et leurs vaccins (enfin quand on a les vaccins disponibles), des petites ou un peu plus grosses urgences, des histoires de vie pas toujours faciles, et en ce moment, ça y est ça commence, des certificats. 
Dans mes journées de consultation, j’ai aussi, même si ça n’est pas la majeure partie de mon travail, des patients qui consultent parce qu’ils sont malades. Pas le cancer ou l’infarctus, hein, je parle des gens malades malades, qui ont au moins une rhinopharyngite, et que c’est affreux, et qu’il faut dégainer un maximum d’empathie (« C’est AFFREUX une angine, ça fait TERRIBLEMENT mal« ) pour réussir à dégainer un minimum de médicaments sur l’ordonnance (« En fait c’est viral, faut attendre que ça passe, mangez des glaces en attendant« ).

Et bien là, je viens de passer 15 jours en mode « vis ma vie de malade ».
J’ai eu une Laryngite Satanique.
(Laryngite Satanique, parce que laryngite tout court ça ne suffit pas à décrire l’abominable sensation de gorge qui se retourne sur elle-même quand je tousse toute la nuit à en perdre le souffle, et qu’en plus ça dure super longtemps).

Oui, ma Laryngite Satanique elle a la tête de Malmoth le méchant de Clémentine.

Oui, ma Laryngite Satanique elle a la tête de Malmoth le méchant de Clémentine.

Point sémiologie pour ceux que ça intéresse : la laryngite satanique, ça commence par l’extinction de voix. De « voix couverte » jusqu’à « silence radio » arrivée à J8 (en sachant qu’à J8 j’étais aussi au stade « je tousse tellement que je deviens toute rouge et que je me mets à pleurer toutes les 10 minutes et est-ce-que je peux avoir un verre d’eau s’il-vous-plaît parce que sinon je vais mourir »).

Bref. Quand on passe 15 jours dans le rôle de la malade en étant quand même dans une chaise de toubib, ça donne des réactions intéressantes de l’autre côté du bureau.

J’ai évidemment eu droit aux traditionnels « Houlala, mais faut consulter, docteur! » et « Ah mais les médecins aussi ils tombent malades? », avec petit rire obligatoire (ce qui devient un chouilla irritant quand c’est la 14e fois de la journée).
Et puisque je jouais le rôle du malade, mes patients ont pris celui du docteur. Certains n’avaient visiblement pas trop envie de parler de leur problème du jour (pourtant ça serait bien qu’on discute de vos résultats de prise de sang!), et ont saisi l’occasion de changer de sujet « mais je vais pas vous embêter, vous êtes malade… ça fait longtemps que vous toussez comme ça? ».
Beaucoup ont accusé la Clim. Ce qui est assez fortiche étant donné que je travaille dans un cabinet mal isolé, plein sud, non climatisé. Mais entendre « ah ça, c’est la clim!!! » quand on est en sueurs dans le noir par 30°, ça a son charme.

Oubliez le paludisme ou le cancer. Le principal risque pour la santé, c'est LA CLIM

Oubliez le paludisme ou le cancer. Le principal risque pour la santé, c’est LA CLIM

Une pensée spéciale à cette maman qui a dit à sa fille « tu vois, le docteur elle a trop fait la fête! » en m’entendant parler (erreur diagnostique manifeste, elle a de la chance, elle n’a jamais eu de Laryngite Satanique).

J’ai surtout eu plein de voeux de bon rétablissement et de « soignez-vous bien » et « prenez soin de vous »… Y compris (surtout) de la part de patients « vraiment » malades et qui eux ne vont pas guérir en 15 jours.

Et il y a eu cette journée où je ne pouvais pas du tout parler, et où j’ai fait toutes mes consultations en chuchotant. Toute la journée, j’ai chuchoté, parce que je ne pouvais pas faire autrement. 
Toute la journée, mes patients ont chuchoté en retour.

C’était magique, parce que d’abord, c’est reposant une journée à un niveau de décibels aussi bas.
Mais surtout, c’est magique de constater que même dans une position de « médecin » face à un « patient », les rôles ne sont pas si figés que ça. Et que l’empathie, ça marche dans les deux sens.

Alors oui, parfois, il y a des patients irrespectueux, des lapins, des attitudes irritantes. Mais l’immense majorité de mes patients, ils chuchotent quand je ne peux pas parler. Rien que pour cette piqûre de rappel bisounoursienne, ça valait le coup d’être malade.


PS: cette journée à chuchoter tous ensemble, ça m’a fait penser très fort à ce que j’ai pu apprendre sur les neurones miroir, entre autres dans Sur les épaules de Darwin. A mon sens, c’est fascinant, et ça explique plein de choses sur le fonctionnement de l’empathie… Vous pouvez aussi aller jeter un oeil ici ou ici.

Les dessous des sous

« Les médecins, ces nantis qui roulent en Porsche » versus « On est mal payés, on n’a pas de sous ». Je ne me reconnais dans aucun des deux clichés…

Généraliste nanti faisant ses comptes en fin de journée dans l'imaginaire collectif.

Généraliste nanti faisant ses comptes en fin de journée dans l’imaginaire collectif.

On n’est pas du tout MAL payés, faut pas exagérer. Mais On n’est pas (tous) des nantis non plus. Et les histoires de revenus des médecins, c’est pas si simple que ça. D’abord parce que pour le moment c’est (malheureusement) compliqué (voire impossible selon les régions) de faire de la médecine générale autrement qu’en libéral.
Et libéral, ça veut dire pas de salaire. 
Donc les « revenus » des médecins généralistes, c’est pas ce qu’ils mettent sur leur compte. C’est ce qui leur reste une fois enlevées toutes les charges, et y’a comme une différence entre les deux.

Le montant initial (recettes) et ce qui reste à la fin (bénéfice) dépendent beaucoup de la façon de travailler du médecin. Plages de consultation, nombre de patients par jour, degré de bonne-poiritude, activités complémentaires…
Mais aussi des conditions de travail. Loyer (je tire mon chapeau aux parisiens, qui sont bien handicapés sur ce coup-là), secrétariat, femme de ménage, charges diverses.

J’essaye d’en parler avec mes externes, parce que même si on ne fait pas médecine pour ça, c’est quand même important de pouvoir se projeter. Et que perso, je n’ai jamais compris cette drôle de manie française de pouvoir discuter de sa toux et de ses crachats, ou de son opération d’ongle incarné partout avec n’importe qui, mais par contre « houlala faut pas parler de combien on gagne, c’est pas poli! ».
Alors comme docteurmilie et docteurgécé cette année, comme Borée il y a quelques années, et comme zigmundoph régulièrement pour les ophtalmos, voilà ma balance à moi.

Les recettes :

Situons le contexte : je travaille les lundi, mercredi, vendredi, et un samedi matin sur deux au cabinet médical. Des bonnes journées, arrivée 8h15, départ 20h quand c’est la fête, 21h trop souvent, parfois après (mais je me soigne). En moyenne dans les 25 patients par jour. Je prends à peu près 7 ou 8 semaines de congés (pas payés, par définition!) par an.
Je suis d’astreinte le samedi ou le dimanche, en moyenne une quinzaine de jours sur l’année, plus environ 4-5 gardes par an à la maison médicale de garde.
En dehors de ça j’interviens un peu au Réseau Asthme BPCO pour de l’éducation thérapeutique. 
Et je suis maître de stage et intermittente du spectacle chargée d’enseignement à la fac.
Ah, et je ne touche pas la ROSP parce que j’ai refusé de la percevoir.

Pour 2014
Honoraires (donc les consultations et les gardes) + 2400€ d’indemnités de maîtrise de stage : 104704.  Dont 8400 € que j’ai rétrocédés à mes remplaçants, en fait.
Gains divers (tout le reste) : 6220
Et comme je suis installée et que j’ai 2 collaboratrices, il faut y ajouter ce que je touche comme redevance de collaboration de leur part (en gros, leur participation aux frais du cab) : pour 2014 : 18000€

Soit en tout, dans les 121000€ de recettes.

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Youhou!!
Mais en fait c’est PAS DU TOUT ce qui reste à la fin!

Les dépenses:

Bon alors j’annonce : j’ai BEAUCOUP de charges. A chaque fois que j’en parle ça fait peur. MAIS c’est aussi (en bonne partie) lié à des conditions de travail confortables…
En pratique, je suis locataire, mais j’ai un très grand bureau (un bureau de 15m2 + une salle de consultation de 12m2). Surtout, au cabinet médical, pour 4 médecins à travailler chacune 3,5j/sem, on a 2 secrétaires ET une entreprise pour le ménage ET un secrétariat téléphonique pour les jours où les secrétaires ne sont pas là. Donc je ne réponds JAMAIS directement au téléphone #LeLuxe.

Je ne vais pas tout détailler (parce que c’est très chiant), mais en gros ça donne ça :

Charges du cabinet : en tout (loyer + salaires et charges sur salaires + charges diverses, allant de l’électricité aux essuie mains en passant par les gars qui viennent tondre la pelouse ou le rachat d’ordinateurs qu’on nous a volés) : 51402€.  #Aïe.
(bon, alors c’est pas que mes charges pour moi toute seule, du coup, c’est mes charges pour moi + la moitié de chacune de mes collaboratrices… oui au cab on est 2 associées et 2 collaboratrices. Mais même, hein, ça fait beaucoup, je sais.)

Après, y’a les charges personnelles.
La CARMF (retraite) – 10000€ (à qui je dis adieu, parce que je ne les reverrai probablement JAMAIS)
L’URSSAF (allocs familiales (pas beaucoup parce que conventionnée), CSG et CRDS)- 4400€
La prévoyance, les trucs à payer pour espérer toucher un tout petit peu de sous si je tombe malade ou quand je serai vieille et que je ne toucherai rien de la CARMF : dans les 3500€
Et après y’a tout le reste du bazar : la comptable, l’AGA, les primes d’assurance de ceci cela, les frais de véhicule (et en astreinte je roule beaucoup), les cotisations à différents syndicats et organisations professionnelles (SMG, CGELAV, SNEMG…)…

Tout ça fait qu’en tout, mes dépenses sur 2014, ma comptable me dit que c’est 75889€.

Du coup, à la fin, il me reste 45000€, grosso modo.

Alors après y’a des trucs comptables que je pige pas, les déductions diverses, mais en tout cas là pour 2014, le chiffre de revenus 2014 que ma comptable me dit de mettre sur ma déclaration d’impôts, c’est  39 687€.
Ah si, faut ajouter mon salaire d’intermittente du spectacle à la fac, dans les 1600€ par an (mais c’est du salaire donc pas dans la 2035) pour un nombre d’heures réelles que je me refuse à compter parce que ça me déprimerait.

Donc voilà, on arrive à un peu plus de 41 000 par an. Donc si on divise , environ 3440 par mois (avant impôt sur le revenu évidemment). Ce qui n’a plus rien à voir avec les 121000€ du début, donc…

Bibidibabidibou!  (alias

Bibidibabidibou!
(alias « ben mince, j’avais plus de sous que ça tout à l’heure! »)

Alors vraiment, je ne me plains pas. C’est  très confortable, comme revenus, hein. Mais ça correspond à facile 40h de consultations par semaine + gardes et astreintes + toutes les heures invisibles (formation, compta, gestion du cabinet médical, heures passées à essayer de joindre des confrères fantômes sur mes jours de repos) + les heures à la fac + les heures à penser aux patients et aux responsabilités que je suis pas toujours certaines d’assumer comme il faut.
Donc ça ne me semble pas non plus délirant.

Vous pouvez aller voir ce que ça donne chez docteurmilie, qui bosse en collaboration libérale en Seine Saint Denis, ou chez docteurgécé, remplaçante. Vous verrez que ça peut être très différent d’un contexte à l’autre. L’important, c’est d’y trouver son compte, et surtout, de savoir dans quoi on s’engage avant de signer.

Je suis censée faire quoi, là?

J’ai la chance d’exercer le métier que j’ai choisi. Dans des conditions très favorables.
On est en 2015, on a plein de moyens pour soigner nos patients, plein de médicaments (y’en a même plein de nouveaux qui sortent tous les mois).
Sans contrainte financière, parce que j’exerce en France, et que c’est pas comme aux Etats-Unis, chez nous on ne demande pas leur carte bancaire aux gens avant de voir si on peut les soigner.

J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour celles et ceux qui n’ont pas cette chance. Pour les vétérinaires, qui doivent gérer tant et tant de choses avec des contraintes financières qui jouent un rôle parfois majeur dans l’équation. Pour les soignants dans des pays moins favorisés, où les médicaments ne sont pas forcément disponibles. Voire où l’électricité et l’eau courante ne sont pas forcément disponibles, d’ailleurs…

Mais de plus en plus, depuis 8 ans que j’exerce en médecine générale, je me retrouve coincée. Je sais ce que j’ai à faire, je devrais pouvoir le faire, mais en fait non.

Certaines vaccinations ont une balance bénéfice-risque démontrée et solide chez les nourrissons. C’est mon travail de proposer ces vaccinations aux parents, de discuter avec eux des vaccins obligatoires, recommandés, utiles ou pas. Sauf qu’en ce moment, c’est le festival des ruptures de stock. Plus de vaccin pentavalent disponible. Et même les ROR disparaissent petit à petit de certaines pharmacies, et les hexavalents commencent à manquer. Et d’après les infos disponibles, pas de perspective de retour à la normale avant plusieurs mois.
Je suis censée faire quoi, là? Forcer les parents à faire des vaccins qu’ils ne souhaitent pas parce que ce sont les seuls qui restent? Ne pas vacciner les nourrissons, et croiser les doigts très fort pour qu’ils ne choppent pas la coqueluche? Et quand il faudra faire les papiers pour leur entrée à la crèche et qu’ils ne seront pas vaccinés, je ferai quoi?

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Le manque de moyens chronique de l’hôpital, les départs non remplacés, font que les temps de traitement des courriers explosent. Certains se perdent, ou arrivent 3 à 6 mois après la bataille. Souvent, ça se passe bien, on s’est renseigné entre temps, après tout on commence à avoir l’habitude… Parfois il y a des couacs, comme ce « au fait, oui, faudra bien l’opérer de son coeur » qui n’a jamais été envoyé.
Et le manque de moyens ne concerne pas que le personnel de secrétariat. Chez les soignants c’est pareil. Tout le monde est sur les nerfs, tout le monde est débordé. Ça fait 6 jours que j’essaye d’avoir au téléphone un confrère pour organiser la prise en charge d’un patient. Je n’arrive à joindre personne. « Il vous rappelera », qu’on me dit, mais j’attends toujours.
Je vais finir par devoir organiser les choses autrement. Moins bien. De façon moins adaptée pour mon patient. Juste parce que personne ne m’aura rappelée. (et accessoirement, comme une débile, j’aurai passé ma journée de repos à attendre qu’on me rappelle parce que j’ai promis à mon patient de le tenir au courant).

Les délais pour les examens complémentaires de base ou les avis de spécialistes s’allongent de plus en plus. Actuellement chez moi, pour avoir une échographie, il faut compter 15 jours. Même en appelant moi-même (ce qui me prend un temps fou). Et le cabinet le plus proche ferme en fin d’année, sans repreneur. Alors je me retrouve à envoyer aux urgences des patients que j’aurais pu prendre en charge autrement. A laisser mes patients en arrêt de travail, parce qu’ils ont besoin d’une infiltration et que le premier rendez-vous disponible c’est dans deux mois. A faire du moins bon travail, qui coûte plus cher à la société.

On est en 2015, on a plein de moyens pour soigner nos patients. Plein de technologies innovantes. Mais personne pour interpréter les examens. Plein de nouveaux médicaments inutiles qui sortent, mais des ruptures de stock en pagaille pour des valeurs sûres indispensables.

Alors bien sûr, je me dis que malgré tout, j’ai de la chance. Que pour l’instant, que mes patients soient très aisés ou sans un rond, on va pouvoir soigner leur cancer avec les mêmes médicaments. Que je n’en suis pas encore à devoir aller ramasser des plantes le matin pour compenser les médicaments que je n’ai pas. Qu’il faut relativiser un peu, qu’on est très loin des conditions de soins disponibles dans la majorité du monde. Que je tombe dans le « c’était mieux avant » qui n’est pas très constructif.

Je ne sais pas si vraiment, c’était mieux avant.
Mais je sais que ce qui vient, ça me file un peu la trouille.

 

PS: oui, je sais, je radote complètement. Cigare fleur porte, citron clé ballon, je suis pas encore démente, mais la situation est tellement désespérante que soit je radote, soit je vide mes comptes épargne et je me casse loin.

Boîte à outils

Un jour que je râlais à une formation trop BigPharma à mon goût, ma voisine m’a conseillé d’aller lire ce billet. FMC, pour Formation Mes Couilles. Ce jour-là, j’ai découvert Jaddo. Et les autres. Et je suis tombée dans le monde de la médecine 2.0, j’ai découvert la richesse des ressources en ligne, et l’intérêt des échanges et du partage des infos, et pas seulement entre médecins.

Quatre ans plus tard, me voilà à animer une soirée de formation pour les internes nantais sur le sujet. L’idée étant de leur montrer le paysage et quelques trucs… sans exhaustivité évidemment, parce que par définition, tout est actualisé et remis en question régulièrement. Et comme j’ai pas envie de les voir copier les recettes pendant la soirée, voilà un petit résumé de ma trousse à outils, pour retrouver les liens dont j’ai parlé.

N’hésitez pas à partager vos outils à vous, c’est fait pour!

Bob le bricoleur part en visite à la maison de retraite

Bob le bricoleur part en visite à la maison de retraite

Marteau, tournevis, les basiques.

Ça, c’est tout ce qui est utilisable en consultation, y compris face au patient (ou pendant qu’il se rhabille).
– Mon chouchou-de-tous-les-jours, le merveilleux antibioclic, tout sur les prescriptions d’antibio en ambulatoire
– Chouchou ex-aequo, le CRAT, pour savoir quoi répondre aux femmes enceintes ou allaitantes au-delà du parapluie précautionneux des notices médicamenteuses
– les antisèches de consultation en MG  par @euphorite (fiches pour les patients, recommandations, fiches de synthèse… faut farfouiller, c’est d’une richesse incroyable. Ça va des fiches de surveillance de TC aux recommandations pour l’IVG en passant par la conduite à tenir devant un ACR (avec @docadrénaline en special guest) ou cette merveilleuse infographie sur les éruptions cutanées de l’enfant).
Certifmed pour les certificats médicaux (et la réglementation qui va avec)

– les outils plus spécifiques (je m’en sers beaucoup moins souvent mais ça peut être utile), le TSTS-CAFARD pour dépister le mal-être chez les ados, Aporose pour argumenter le « non y’a pas besoin de faire une ostéodensitométrie », Pediadoc pour discuter avec mes externes des consultations de suivi des nourrissons, Gestaclic pour le suivi des grossesses à bas risque.
– ceux que je file aux patients en plus de m’en servir moi-même : pour réfléchir à la contraception, pour préparer un voyage à l’étranger.
(edit) : merci à @marjo_lab pour le lien vers ce site développé par deux pharmaciens, plein de vidéos de démonstration d’appareils à glycémie capillaire, dispositifs d’inhalation etc.

Traducmed pour si un jour j’ai des patients qui ne parlent ni français ni anglais (ou pour apprendre à dire « je vais vous faire quelques tests neurologiques » en chinois)

-plus rare: Memobio pour les prescriptions / interprétations d’examen biologiques, le guide de bon usage des examens radiologiques pour l’imagerie (pas testé moi-même mais entendu parler)
Tools&Docs : accès rapide aux recommandations sur tout plein de sujets

Clé à molette, pince universelle

Recherche bibliographique : Chaîne youtube de DocToBib : vidéos ludiques pour apprendre à faire une recherche bibliographique. D’autres exemples méthodologiques : un pas à pas bibliographique par @mimiryudo (qui a aussi de nombreux liens intéressants sur son site, et un génial tuto « débuter la thèse »)
Perso, mes recherches biblio commencent généralement par un tour chez Prescrire et Minerva. Et par me brancher sur l’accès nomade de ma fac pour avoir accès à un max d’articles (et si je ne trouve pas, au pire, je les demande sur twitter #Icanhazpdf)
(édit) Incontournable également :  le cismef (pour la recherche et pour le MeSH), et la DocDuDoc (qui fait un pré-tri dans les sites de recherche)

Veille documentaire : La Bibliothèque Médicale Lemanissier recense tout un tas de consensus / recommandations, avec les nouveautés accessibles rapidement pour voir si on a loupé un truc important.
Depuis quelques mois, @DrAgibus tient une revue de presse hebdomadaire en MG sur son blog, avec liens vers les articles / recos dont il parle (merci à lui!).

Garder les ciseaux aiguisés

L’idée, grâce à la richesse du web 2.0, est surtout de faire circuler l’information. Pour ça, les réseaux sociaux sont super utiles, en particulier twitter. Même la BU propose des formations sur le sujet!
Sur twitter, vous pouvez retrouver
– des comptes officiels: @HAS_sante, @CNGE_France, @ordre_medecins , @ansm, @Formindep…
– des revues médicales (anglo saxonnes principalement) @JAMAInternalMed, @NEJM
– des comptes de DMG ou de collèges de MSU @CGELAV, @DMGParisV, @DMGStrasbourg (et un jour peut être le DMG de Nantes si on leur met assez la pression ;-))
– et tout un tas de comptes de soignants, de patients experts, de gens impliqués dans le soin… à vous de choisir ceux qui vous apportent des choses

Mais évidemment, vigilance constante! C’est pas parce qu’on le lit sur internet que c’est forcément vrai. C’est toujours mieux si info sourcée, vérifiable, croisée etc.

Vigilance constante.

Vigilance constante.

Je suis pas toute seule dans ma boîte à outils

Sur twitter, vous pouvez également poser des questions ou y répondre, via le #DocsTocToc (parfois #DocTocToc) : concernant des avis diagnostiques, thérapeutiques, des pratiques quotidiennes… c’est un moyen simple de ne plus se sentir isolé en MG (même pendant un remplacement tout seul). Et c’est un peu magique!

Concernant l’enseignement en santé, et pour réfléchir ensemble au soin et à la formation des soignants, un rendez-vous incontournable, le débat hebdomadaire du MedEdFr : tous les jeudi soirs, à 21h, le compte @MedEdFr lance une discussion sur un thème donné , en suivant le hashtag #MedEdFr.  (si vous avez du mal à suivre vous me demandez, je peux faire la hotline!)

Le piou-piou du #MededFR 21 sur le thème "Le soignant que je voulais être et celui que je deviens" reprenant les mots des participants

Le piou-piou du #MededFR 21 sur le thème « Le soignant que je voulais être et celui que je deviens » reprenant les mots des participants

Votre boîte à outils sur mesure

Quand on est installé, c’est pas trop difficile de se faire son petit dossier sur l’ordi et sa barre de favoris sur le navigateur internet du cab. En remplacement c’est plus difficile… et puis ça peut être sympa d’avoir accès à sa boîte à outils même en dehors du cabinet médical.
Du coup, @L_Arnal a eu une belle idée (et en a fait sa thèse de MG): par ici, vous pouvez créer votre site perso, sur mesure, avec toutes les infos que vous souhaitez pouvoir retrouver (vidéos, fiches de synthèse, liens divers…).

Y’a pas que les outils dans la vie, y’a aussi les bibliothèques.

Et là, je suis obligée de mentionner les blogs. Parce que c’est par eux que je suis arrivée dans tout ça, et que je prends encore un grand plaisir à les lire et à y apprendre des choses. Et si j’ai le courage je remets à jour ma blogroll, promis, mais voilà déjà quelques liens.

– Il y a ceux qui ont envie de nous apprendre quelque chose, de façon super didactique. Sérieux comme chez Perruche en Automne, PU en néphro, qui parle ici de troubles de la natrémie. Ou chez GrangeBlanche, cardiologue, qui compare les AVK ou parle des NACO. Enervé chez Borée qui démontre en quoi c’est du terrorisme d’empêcher les enfants avec des ATT de prendre un bain. Ludique chez l’imprononçable neurologue @qffwffq, ici sur le sommeil des déments. Engagée chez @docteurmilie quand elle parle du travail (qui n’est pas toujours la santé). Ou chez @sophiesagefemme qui nous raconte ses missions dans l’humanitaire.

– Il y a les raconteurs d’histoire, comme Jaddo (que je ne remercierai jamais assez de m’avoir fait découvrir tous les autres!), qui non seulement racontent bien mais alimentent la réflexion au fil des rencontres avec les patients. Et puis le trio de choc de 2 garçons, 1 fille, 3 sensibilités (dont le célèbre billet de @Boutonnologue sur le péril viral). Et @10lunes qui parle si bien de périnatalité. Et plein, plein d’autres… des patients qui témoignent, aussi, voir ici Hermine parler d’errance médicale, ou la Crabahuteuse raconter son parcours et collecter les infos pertinentes sur la prise en charge du cancer du sein.

– Il y a celles et ceux qui défendent leurs opinions, s’engagent pour l’indépendance de la formation initiale et continue des médecins (ici bruitdessabots), ou contre les violences faites aux femmes (docteurgécé qui fait un récapitulatif de sa formation sur le sujet, ou le blog d’Opale, elle-même victime, qui témoigne du parcours (ô combien difficile) jusqu’à la plainte et au procès). @Babeth_AS a lancé un blog pour parler des maltraitances ordinaires. Incontournable également, @docdu16 qui décortique le système de santé avec un regard acéré.  Et pendant que @fluorette expose ses doutes concernant l’avenir de la MG, @L_Arnal nous parle de son installation choisie.

Les catégories sont complètement perméables, et c’est ça qui est chouette! J’en oublie plein, évidemment… Il y a le club des médecins blogueurs qui en référence pas mal, mais pas tous. Et de toute façon la liste s’allonge au fur et à mesure.

Chacun apporte sa petite contribution, chacun se sert.
C’est beau, quand même, le 2.0.

 

Commentaires à lire , avec plein d’outils supplémentaires dedans!

La coupure

Pour certains, c’est naturel.
Pour d’autres, c’est beaucoup plus difficile.

Je fais partie de la deuxième catégorie. J’ai du mal à faire la coupure. Du mal à laisser derrière moi les histoires des patients quand je rentre à la maison. Souvent, je cogite trop, je « et si? », je refais le film en voyant tous les moments où j’ai peut-être mal expliqué, mal répondu, mal décidé. 

Et puis l’autre soir, en rentrant chez moi, mon autoradio s’est mis à diffuser ça. Et instantanément, mon niveau de stress est descendu de 10 points.

La musique, c’est la mémoire.
Cette musique, ce sont des moments de pause volés pendant des gardes aux urgences. Pas à BigCHU, parce que là-bas la pause n’était même pas envisageable. Mais dans les urgences où j’ai fait mes gardes ensuite, vers 3 ou 4h du matin, il y avait souvent un moment plus calme. Les patients étaient soulagés, gérés ou en attente de résultats.

Je m’asseyais sur l’un des plans de travail de la salle de soin, le long du mur, dans un petit coin.
Je sortais mon ipod du fond de ma poche, et je démêlais les fils des écouteurs.
Puis je branchais la musique.
Mon co-interne m’ayant fait découvrir Sigur Rós, c’était souvent eux qui m’accompagnaient ces nuits-là.
Dix minutes les yeux fermés, très loin des urgences, suffisamment fatiguée pour ne pas penser aux patients qui allaient arriver ou à ceux du service.
Dix minutes ailleurs, avant de pouvoir retourner travailler, un peu plus sereine, un peu plus efficace, les écouteurs rangés tout au fond de ma poche de blouse. Batteries rechargées.

Et neuf ans plus tard, dans ma voiture, après une journée de consultations, c’est toujours aussi efficace.

C’est quand même magique, la musique.

Wall-E faisant le plein d'énergie avant de commencer sa garde.

Wall-E faisant le plein d’energie avant de commencer sa garde. Lui sa musique c’est plutôt ça http://youtu.be/rz8yUt1qle4

PS : en parlant de musique et de médecine, je ne peux que vivement vous conseiller d’aller faire un tour chez @DocteurSeuss (ce « Time after time » <3 ) et @DrSelmer