Lâcher prise

L’adage dit qu’il faut trouver la sérénité d‘accepter les choses qu’on ne peut changer, le courage de changer les choses qu’on peut, et la sagesse de connaître la différence entre les deux.

Ces derniers temps, dans ma petite vie perso à moi que j’ai, j’ai essayé de faire du tri. Après avoir pris un certain nombre de baffes dans ma tête de Bisounourse, j’ai fini par me rendre à l’évidence : cet adage, c’est la théorie. (Oui, je sais, c’est une évidence évidente, mais je suis un peu lente, comme fille).

En pratique, y’a pas seulement « les choses que je peux changer » et « les choses que je ne peux pas changer ». Il y a surtout une grosse majorité de « choses que je pourrais participer à changer si on était suffisamment nombreux à essayer, mais qu’on est pas assez nombreux à essayer de changer parce que ça n’est ni rentable, ni pourvoyeur de pouvoir ou de domination sur autrui, ni dans l’air du temps ».

Pour cette catégorie-là, j’ai pas mal testé l’option Madame Quichotte Bisounourse : je monte au front et je m’indigne, je proteste, et je dépense du temps et de l’énergie pour essayer de faire bouger les choses, de façon pas toujours très ordonnée ni efficace. Pleine d’enthousiasme, souvent, je me crois en première ligne d’un énorme mouvement de protestation. Sauf que quand je me retourne en disant « Regardez! On est plein à être d’accord!! », je réalise que je suis toute seule à être montée au créneau, ou pas loin.

Se battre contre des moulins, c'est fatigant.  Légende alternative : "A quoi ça sert que Ducros il se décarcasse?"

Se battre contre des moulins, c’est fatigant.
Légende alternative : « A quoi ça sert que Ducros il se décarcasse? »

Alors à force de déceptions, j’ai songé à lâcher prise. La sérénité, c’est séduisant, comme concept. Lâcher prise, accepter que je n’y peux rien, que, finalement, ça ne me concerne pas, tout ça, et trouver la sérénité.

Et puis en pleine phase d’hibernage-sur-canapé, j’ai quand même allumé la télé pour regarder « Entre leurs mains ». Vous pouvez en avoir un aperçu par ici

Entre leurs mains

C’est un documentaire qui parle de respect de la naissance, et d’accouchement à domicile. Surtout, il parle de respect tout court. Il parle de femmes et d’hommes qui oeuvrent pour la bientraitance, pour d’autres options que l’autoroute du soin automatisé et rentable, pour le droit des femmes et des couples de choisir en étant informé-e-s. Qui refusent de remplacer l’accompagnement humain par des machines, des protocoles et des médicaments.

Je ne suis pas sage-femme, je n’ai pas d’enfant, et ce n’est pas au programme. Je pourrais facilement me dire « ce n’est pas mon problème, ça ne me concerne pas, je n’y peux rien ».
Lâcher prise, et trouver la sérénité d’accepter ce que je ne peux pas changer.

Mais qui ne dit rien consent.
Et dans cette histoire, les sages-femmes et les (futurs) parents ne sont pas les seul-e-s concerné-e-s. La tendance à remplacer les compétences humaines et la démarche centrée sur les gens (au sens noble du terme) par des protocoles et de la technique, elle existe partout, dans le milieu de la santé et ailleurs.

L’hiver vient quand l’humain s’en va, et ça concerne tout le monde.

J’ai laissé tomber pas mal de mes illusions. Mais si je laisse tomber tout espoir de voir les choses évoluer dans le bon sens, si j’arrête de penser qu’on pourrait faire autrement que marcher sur la tête, ce n’est pas la sérénité que je vais trouver, mais l’envie de me rouler en boule sous ma couette et de ne plus jamais en sortir.
La sérénité, elle était , dans des petits bouts de ce joli film, dans ces petits bouts de vie toute en douceur, où l’humain est remis au centre des préoccupations. 

Alors tant pis pour le lâcher-prise, je vais continuer à essayer. En faisant un peu plus attention aux embûches, en ne me laissant pas marcher sur les pieds, en changeant quelques stratégies. Un peu moins Bisounourse, un peu plus armée.

On peut avoir (presque) une tête de Bisounours, et savoir se battre quand même.

On peut avoir (presque) une tête de Bisounours, et savoir se battre quand même.

Parce que plus on sera nombreux à refuser que l’hiver vienne, moins il sera rude.
Et au pire, si je me trompe, j’irai me rouler en boule sous ma couette.

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PS : Le film Entre leurs mains est rediffusé jeudi 02/01/2014 à 22h30, samedi 04/01/2014 à 14h15 et dimanche 05/01/2014 à 11h20 sur LCP/public sénat.
Et pour en savoir plus concernant le mouvement de grève des sages-femmes, l’hiver qui vient et les gens qui ont envie que ça change, vous pouvez faire un tour sur l’un des liens suivants:

http://10lunes.com/2014/01/entre-nos-mains/
http://leya-mk.blogspot.fr/2014/01/passer-lhiver-entre-leurs-mains.html
http://orcrawn.fr/lhiver-vient/
http://nisorcierenifee.wordpress.com/2013/12/20/lhiver-vient/
http://misscigogne.overblog.com/2013/12/l-hiver-vient.html
http://mggenerationdeuxpointzero.blogspot.fr/2013/12/sage-femmes-je-vous-aime.html
http://kalindea.wordpress.com/2013/10/15/cest-un-devoir-de-se-battre-pour-defendre-nos-droits/

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