#CNGE2015 , débriefing en demi-teinte

Fin du congrès. 
C’était mon troisième congrès du CNGE, congrès des généralistes enseignants.
Que je quitte avec des sentiments mêlés, sans être trop sûre d’avoir envie de revenir l’an prochain.
Comme les deux années précédentes, j’y ai retrouvé avec plaisir des gens de toute la France, internes, thésards, maîtres de stage motivés. J’y ai vu / lu / entendu des tas de projets concernant l’enseignement en médecine générale, certains enthousiasmants, parfois en plein dans ce qu’on imagine au #MededFr.

Des projets de promotion de la MG auprès des étudiants, tôt dans le cursus. Des cours impliquant des patients témoins / patients experts. Des formations pluri-professionnelles. Des propositions pour prévenir / prendre en charge le burn-out des étudiants et internes…

La recherche en soins primaires fourmille aussi. C’est pas mon truc, je le sais, mais j’admire beaucoup celleux qui s’y attellent, qui montent des projets pour que la recherche prenne en compte les « vrais » patients dans les « vraies » conditions de la MG. C’est un terrain quasi vierge, quasi tout est à explorer.

J’y ai vu aussi beaucoup d’ambition pour la MG de demain, pour sa reconnaissance par les patients, par les soignants, par les politiques. Je ne crois pas que pour l’instant un DES en 4 ans puisse être mis en place dans des conditions acceptables pour les internes et les MSU, mais oui, à terme, un DES en 4 ans, avec une part ambulatoire nettement majoritaire et des stages vraiment formateurs pour des internes vraiment encadrés, ça serait top.

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Le monde merveilleux où un DES à 4 ans formateur et utile et avec des maîtres de stage formidables est possible.

Mais j’y ai aussi vu les mêmes chiffres (depuis 3 ans, à peu de choses près) de 1 enseignant pour 97 internes (sans même compter le deuxième cycle). Les exigences de validation du DES , les portfolios à compiler, les obstacles locaux dans certaines facs (qui a une plate forme informatique archaïque, qui un doyen hostile à la MG…) (finalement à Nantes on est plutôt chanceux!!).
On promeut la recherche en MG, on veut des thèses de qualité. Normal. Sauf que les directeurs de thèse qualifiés et motivés et capables d’aider les internes à faire des thèses méthodologiquement impeccables, il n’y en a pas des masses. Alors ils encadrent 5, 10, 15 thésards en même temps.
On veut des enseignements différents, interactifs, pas en petits groupes. Bien sûr. Alors on double, triple les cours, mais ce sont de nouveau les mêmes qui s’y collent.
Et qui lisent les portfolios, et les « traces d’apprentissage », et les « RSCA » et tout le reste. 
Et qui ont à côté de ça leurs patients, leurs consultations, leur cabinet à faire tourner. 
Et souvent en plus des engagements associatifs / syndicaux / de formation continue.

Je ne suis pas directement dedans. J’ai juste un statut de chargée d’enseignement – intermittente du spectable, je fais quelques heures par-ci par-là, et j’ai plutôt réduit la voilure depuis l’année dernière.

Mais je vois les titulaires de DMG, et encore plus les chefs de clinique, qui sont en apnée sous le boulot. Et qui dorment, un jour? Qui voient leur famille, leurs amis?
Qui vont tenir combien de temps?

Alors oui, j’ai entendu plein de projets, plein d’ambition. Mais on n’a pas de moyens. Et j’ai vraiment peur qu’on use les bonnes volontés à force de tirer sur la corde.

Accessoirement (ou pas), j’ai toujours autant de mal avec le jargon à outrance du CNGE. On a ajouté de nouvelles cases au bingo, j’ai beaucoup ri à la « matrice de socialisation ». Pour certaines communications, j’ai rien compris à ce qui se disait.

Alors je ne suis pas sûre de revenir l’an prochain. Je vais continuer à accueillir mes externes avec plaisir, et à faire un peu d’enseignement au compte-goutte sur des projets qui me motivent. Et je vais croiser les doigts pour qu’un jour, enfin, on ait les moyens de faire les choses bien pour nos internes et nos externes, sans coller tous les titulaires en burn-out.

PS : sinon, un congrès sans WIFI en 2015, c’est pas possible, les gens!!

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