Les externes, c’est trop bien.

Bon, OK, @docteurmilie a déjà tout dit là. En plus elle l’a pas dit toute seule, elle l’a dit avec ses externes, ce qui est encore mieux.

Mais après tout c’est pas parce qu’elle l’a déjà dit que j’ai pas le droit de le redire. Et d’ailleurs, elle m’a donné une autorisation de plagiat.

En résumé :
Les externes, c’est trop bien.
Avoir des externes en stage, et en cours, c’est trop bien.
En tout cas moi, j’adore.

Bon, OK, moi j'interviens plutôt à l'école des docteurs, mais on va pas chipoter.

Bon, OK, moi j’interviens plutôt à l’école des docteurs, mais on va pas chipoter.

Bien sûr, il y a un côté un peu militant. La médecine générale est sous-représentée pendant le deuxième cycle des études médicales. L’image qu’on en a parfois en tant qu’étudiant, c’est que le généraliste s’occupe principalement des rhumes et des gastros (et certains jours j’aimerais bien, en fait, ça serait moins fatigant)

Alors quand je rencontre des externes, en cours ou en stage, j’aime bien leur raconter la (ma) médecine générale.
Qu’on ne s’ennuie jamais.
Que le suivi, le lien construit avec les patients année après année, c’est unique.

J’en profite aussi pour parler de choses qui me tiennent à coeur. Des conflits d’intérêts, entre autres. De l’importance de toujours, toujours rester critique.

Normalement, à partir de l’année prochaine, à Nantes, tous les externes passeront en stage en médecine générale. Quelle que soit la spécialité qu’ils choisissent ensuite, ils auront vu ce que c’est. On aura un peu discuté ensemble des avantages, mais aussi des inconvénients et des difficultés. S’ils choisissent la MG, ils le feront en connaissance de cause.
S’ils choisissent une autre spécialité, ils connaîtront l’autre côté du miroir. Et ça, c’est toujours utile. Je me souviens de mon stage aux urgences à chaque fois que j’y adresse un patient. C’est ça qui me fait prendre 5 minutes pour faxer les derniers compte-rendus pertinents, même si j’ai vu le patient à l’arrache en visite.

Logiquement, quand les spécialistes de toutes les spécialités, des hôpitaux, des cliniques, des cabinets libéraux, seront tous passés en médecine générale, on galèrera peut-être un peu moins pour adresser un patient en entrée directe. Ou pour avoir un avis pendant que le patient est en face de nous en consultation. Ou pour discuter ensemble d’une indication de traitement.

Au final, ça sera plus agréable pour les médecins, mais c’est surtout aux patients que ça bénéficiera.

Et on vivra tous heureux, on s'entendra tous bien et on travaillera tous pour le bien des patients, ça sera trop chouette! #LEspoirFaitVivre

Et on vivra tous heureux, on s’entendra tous bien et on travaillera tous pour le bien des patients. Ça va être trop chouette! #LEspoirFaitVivre

Mais si j’aime bien avoir des externes en cours ou en stage, au-delà du côté bisounours-militant, c’est aussi pour des raisons bassement égoïstes.

J’aime parler de mon métier et de mes patients (oui, bon, ok, je suis une épouvantable pipelette concernant le sujet), et ça me donne une occasion complètement légitime de le faire.

Régulièrement, ça me fait progresser.
Grâce à mes externes, je ne me trompe plus en examinant les épaules. Parce que l’un d’eux m’a dit un jour « mais je croyais que le palm-up test ça se faisait les bras tendus? ». On a vérifié ensemble. Il avait raison.
Grâce à mes externes, j’ai vraiment fait des réévaluations de traitement, et pas des renouvellements d’ordonnance.
Grâce à l’un de mes externes, j’ai pensé à faire un dosage de créatinine (que j’avais oublié) à ce patient asthénique et nauséeux. Qui n’avait finalement pas d’insuffisance rénale, mais quand même. C’est mieux d’en être sûre. Les externes sont de précieux aide-mémoires.

Et puis, quand mon externe est là, les patients se rendent un peu mieux compte de ce qui se passe dans ma tête pendant les consultations. On discute tous ensemble du raisonnement médical, des hypothèses, du pour, du contre, des différentes options. Comme ça, les patients réalisent parfois que notre métier, c’est un peu plus compliqué que « juste » faire une ordonnance ou un certificat. Être enseignante, face aux patients, ça a un côté assez flatteur, il faut bien le reconnaître. 

Alors oui, ça prend du temps, et ça ne rapporte rien en euros. L’indemnité de maître de stage compense tout juste (voire pas du tout) le temps nécessaire aux débriefings de consultations.
C’est pas toujours facile d’admettre qu’on ne sait pas, ou de se tromper.
Mais la balance avantages inconvénients reste nettement positive.

Parce que voir un externe en fin de stage mener un entretien avec un patient de façon pertinente et respectueuse, et se dire qu’on a un petit peu participé à former un futur médecin qui tienne la route, c’est génial.

Métaphore du MSU apprenant à son externe à prendre en charge un patient en MG.  Voyez comme il a l'air content?

Métaphore du MSU apprenant à son externe à prendre en charge un patient en MG.
Voyez comme il a l’air content?

#LesExternesCEstTropBien.


Pour accueillir des externes en stage de MG, il suffit d’être installé depuis un an. Des formations sont régulièrement organisées. Contactez votre association locale de MSU, ou votre fac! Et si vous connaissez de bons médecins généralistes qui ne prennent pas (encore) d’étudiants en stage, n’hésitez pas à le leur suggérer!

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Bisounourse et fatiguée

Mon côté Bisounourse, je le revendique. Et la plupart du temps, j’arrive à y croire. J’arrive à croire qu’avec de la bonne volonté, du travail, du temps et de l’énergie, on peut faire bouger les choses.
Mais ces derniers temps, la Bisounourse que je suis a pris un peu trop de baffes en pleine tête pour rester aussi optimiste.

Bisounours vs. Alien in LaMaisonQuiRendFou Le score est à peu près de 34 à 29863.

Bisounours vs. Alien in LaMaisonQuiRendFou
Le score est à peu près de 34 à 29863.

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J’aime toujours autant mon métier. J’aime toujours l’impression de me sentir utile pour mes patients. Mais mon utilité est bien limitée en ces temps de souffrance au travail quasi-généralisée et de procédures arbitraires et déshumanisantes. Plusieurs de mes patients sont pris dans des imbroglios administratifs qui les poussent à l’épuisement, à la démission, quel que soit leur état de santé de départ. Face à ces situations, j’écoute, j’essaye d’accompagner… Mais je ne sers pas à grand-chose de plus. Et je m’énerve toute seule contre ce monde qui ne tourne pas rond, en râlant « c’est pas normal! »  dans ma tête.
Heureusement, il y a toujours les consultations où je me sens vraiment utile : pour les rhumes, par exemple. Ah ben non, c’est une blague, je sers à rien non plus pour ça, un rhume ça guérit tout seul, je peux juste essayer de l’expliquer à mon patient.
Pour le diabète alors, ou pour d’autres pathologies qu’on connaît bien et sur lesquelles on a des traitements efficaces? Moui, même pas sûr, vu le niveau de preuve sur lequel reposent les indications des différents traitements.
De temps en temps, malgré tout, on se rend compte qu’on a eu un petit rôle dans l’itinéraire des patients. C’est précieux.
N’empêche que souvent ces derniers temps, en fin de journée, il me reste un arrière-goût de bof dans la bouche. Comme une Bisounourse qui se serait mordu la langue.

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J’ai toujours envie de travailler en équipe. Je reste persuadée que c’est l’avenir de notre système de santé. J’ai été franchement emballée par l’expérience menée à Besançon et ailleurs d’enseignement pluri-professionnel, avec des étudiants infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, travailleurs sociaux, médecins, psycho, ergo, assistantes sociales… (atelier 164, résumé dispo ici). J’en ai entendu parler au congrès du CNGE à Clermont-Ferrand fin novembre, et j’ai eu envie de dire « bon sang mais c’est bien sûr! ».

Apprendre ensemble à travailler ensemble. Comme une évidence dans ce principe.

Apprendre ensemble à travailler ensemble. Comme une évidence dans ce principe.

Sauf que dans la vraie vie, ça ne marche pas comme ça. Dans la vraie vie, j’ai essayé de mettre en place un travail en équipe avec les professionnels de santé de mon secteur. On a monté un projet de maison de santé pluri-professionnelle, et puis après des mois de discussion, la majorité des professionnels concernés a fini par dire que ça ne servait à rien d’avoir une salle commune, et qu’il était préférable que les locaux soient séparés. Et c’est pas demain la veille qu’on fera des consultations pluriprofessionnelles, ni de l’éducation thérapeutique en équipe.

Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. A choisir, je préfère la vache Milka.

Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées.  Surtout, faut pas mélanger, hein!

Une baffe de plus pour ma tête de Bisounourse, avec en option l’impression de me faire piéger dans un projet immobilier qui n’est plus celui que j’espérais.

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J’ai toujours envie d’enseigner, de transmettre. Pendant mes études, certains aspects de l’enseignement m’ont laissée perplexe. La théorisation à l’extrême pendant l’internat concernant les compétences du médecin généraliste, la quête de reconnaissance à tout prix des généralistes universitaires, pour se faire une place à côté des hospitaliers. Le contraste entre le discours officiel « nous sommes des pédagogues ouverts, nous ne sommes pas là pour saquer les étudiants » et les faits.

Bien sûr, c’est important de réfléchir sur la discipline, de faire de la recherche en soins primaires. Evidemment, la filière universitaire de médecine générale est indispensable. Oui, c’est une discipline jeune, qui a besoin d’un corpus théorique et de gens pour la défendre.
Mais pourquoi les internes devraient tous être des chercheurs en médecine générale? N’est-il pas plus important d’en faire avant tout des soignants compétents?

J’ai voulu m’investir dans l’enseignement justement pour essayer de faire bouger tout ça de l’intérieur.
Sauf que quelques années après, je ne peux que constater que si ça bouge, ça n’est pas dans le sens que j’espérais. Qu’on va vers toujours plus de théorisation, qu’on s’éloigne de la pratique médicale courante, que la forme prime souvent sur le fond. Et après le congrès du CNGE auquel j’ai assisté cette année, je ne crois plus qu’il soit possible de changer de route. Le paquebot est lancé, avec une inertie considérable. Le débat n’est plus possible.

Le Paquebot FUMG. Toujours plus grand, plus fort, plus vite. Jusqu'au bout de l'extrême limite.  (en vrai, Oasis of the see)

Le Paquebot FUMG. Toujours plus grand, plus fort, plus vite. Jusqu’au bout de l’extrême limite.
(en vrai, Oasis of the Seas)

Au programme du congrès, il y avait une « table ronde – débat » sur la FUMG (Filière Universitaire de Médecine Générale). Cette table ronde a eu le mérite de m’enlever mes oeillères. J’espérais entendre parler d’avenir, assister à une discussion constructive sur la façon de mettre en place un enseignement de la médecine générale adapté au système de santé de demain. Naïve que j’étais. J’ai vite réalisé que la plupart des intervenants étaient surtout là pour se faire mousser et défendre leur position. Et dans d’autres communications pendant ce congrès, j’ai senti la même tendance à défendre les parcelles de pouvoir acquises jusqu’ici. Comme si les nouveaux dominants de la Discipline Médecine Générale luttaient  à l’avance contre toute remise en question.

Alors je ne crois plus pouvoir faire bouger quoi que ce soit.
Et je me dis que, peut-être, après tout, le paquebot a raison. Peut-être qu’effectivement, je ne comprends pas l’intérêt de tout ça parce qu’il me manque des références et des connaissances théoriques. Si le paquebot a raison, j’ai tort d’essayer de le faire dévier de sa route. Et dans le cas contraire, j’en ai marre de me prendre des coups en essayant de faire bouger un paquebot avec mon pauvre radeau de Bisounourse et une rame. Alors je vais arrêter d’essayer, et aller voir ailleurs si je peux servir à quelque chose.

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J’aime toujours mon métier. J’ai toujours envie de travailler en équipe. J’ai toujours envie d’enseigner et de transmettre.
Mais là, je suis un petit peu fatiguée.

La cour des grands

Dans quelques jours, comme d’autres maîtres de stage, je vais accueillir mon tout premier interne en médecine générale.

Ça a toujours été une évidence pour moi, qu’un jour, je participerais à la formation pratique des internes.

Parce que j’aime mon métier.
Parce que je crois vraiment que, si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en médecine générale qu’on apprend à être généraliste.
Parce que le manque de généralistes MSU (maîtres de stage des universités, qui accueillent des étudiants en médecine pour leur formation pratique) est criant dans toutes les facs, dont la mienne.
Parce que même si je ne suis pas certaine d’avoir la carrure d’une enseignante, j’ai envie de parler de plein de choses avec mon interne.
J’ai envie de lui parler de la Revue Prescrire, des conflits d’intérêts, de l’importance d’un regard critique. J’ai envie de lui parler de travail en équipe, de respect des compétences de tous les professionnels de santé avec lesquels on peut être amené à travailler. J’ai envie de discuter de notre système de santé, de ses forces et de ses failles, de son avenir qui peut faire peur mais qui peut aussi être enthousiasmant.

J’ai envie, surtout, de lui parler des patients, de leur rôle dans la prise en charge de leur propre santé.

Vraiment, ce n’est pas la motivation qui me manque. Mais ça rajoute un nouveau fil à mon funambulisme.
Et du coup, je stresse.

Je funambulise déjà entre vie privée et boulot, entre trop proche et trop loin de mes patients. Je funambulise aussi entre test de lecture Prescrire, recommandations officielles, opinions personnelles et souhaits des patients.
Maintenant, une journée par semaine, je vais aussi devoir trouver mon équilibre entre médecin et enseignante.

Ça va forcément changer ma relation avec mes patients, cette relation que j’aime tant dans mon métier.
J’ai déjà des externes en stage depuis plus de deux ans, et dans l’ensemble, ça se passe bien. Mais je reste présente, tout le temps. Je mène la plupart des consultations, et même quand l’externe mène l’entretien et l’examen clinique, j’interviens toujours un peu, au moins pour conclure la consultation.

Avec un interne, il va falloir que j’apprenne à lâcher prise, un peu. A le laisser faire, même si je n’aurais pas fait pareil. Pour qu’il suive sa propre démarche diagnostique, qu’il trouve son propre chemin, mais sans mettre mes patients en danger.
Moi qui suis une épouvantable pipelette, je vais devoir me taire en consultation.

Et au bout de quelques temps, quand il sera prêt, je vais devoir le laisser faire seul, en revenant seulement a posteriori sur la consultation. Parce qu’à la fin du stage, il aura sa licence de remplacement, sa version transitoire du permis de tuer.

Me voilà dans la cour des grands. Maître de stage moi-même, titre pompeux qui me donne l’impression d’être une imposteuse.

J’espère que je saurai trouver la juste distance, entre mon interne et moi, entre mes patients et nous.
J’espère que mes patients comprendront. J’espère qu’ils joueront le jeu. Ils l’avaient fait pour moi, quand j’étais interne en stage. Je m’en rappelle comme si c’était hier, et je leur en suis encore reconnaissante.

Allez, c’est parti pour un nouveau numéro de funambulisme.

L'important, c'est de ne pas regarder en bas.

L’important, c’est de ne pas regarder en bas.