Dr House contre Farfadoc

A la télé, il y a Dr House.

drhouse_013

Quand un-e patient-e a une pathologie bizarroïde, que personne ne trouve ce qu’il-elle a, il-elle va voir Dr House et son équipe. Et en moins de 42 minutes et quelques procédures diagnostiques et thérapeutiques plus ou moins douteuses, l’affaire est dans le sac. Boum, diagnostic et re-boum, patient guéri.

Mais ça, c’est à la télé.

(A la télé, au JT, il y a aussi le Dr Dévoué, mais pour ça je vous renvoie chez Fluorette, Dzb17, Kalee et Armance qui en parlent très bien.)

Dans la vraie vie, donc, point de Dr House. Et ça ne me manque pas, la plupart du temps.
D’abord, j’ai un réseau de correspondants qui, petit à petit, commence à ressembler à quelque chose.
Ensuite, j’ai Prescrire, internet, Orphanet, et les copains-copines-collègues qui m’aident quand je coince sur un sujet ou un autre.
Et surtout, j’ai longtemps cru que même si Dr House existait, je n’aurais même pas envie de lui adresser des patients tellement il est pas gentil.

Sauf que là, vraiment, je sèche.

Clément a 31 ans, pas d’antécédent, une hygiène de vie parfaite. Et ça fait plus d’un an et demi qu’il est en arrêt de travail.
Il a eu plein de symptômes, plus ou moins graves, qui touchent plein d’organes différents… Certains de ces symptômes ont régressé. D’autres persistent ou apparaissent, avec un vrai retentissement sur sa qualité de vie. 

Il a vu plein de spécialistes, à GrandeVille et à GrandCHU, qui ne savent pas ce qu’il a. Il a même vu mon presque-Dr-House à moi, le professeur le plus compétent, intelligent et gentil que j’aie jamais rencontré. Un qui mérite vraiment son qualificatif de professeur. Et qui n’a pas le début d’un commencement d’idée. 

Alors après l’avoir prélevé et analysé de partout, et avoir constaté des anomalies réelles mais inexplicables, ou en tout cas inexpliquées, on lui a proposé des traitements symptomatiques. Pauvres rustines qui ne changent rien à sa fatigue et ne lui permettent pas de reprendre son travail et le cours de sa vie.

Un à un, les médecins consultés se sont relancé la balle. Les courriers se terminent tous par une jolie phrase du style  « Je pense qu’il devrait voir [insérer une spécialité médicale déjà consultée par le patient]. Quant à moi, je le reverrai dans un an en l’absence de nouveau symptôme ».

Deux spécialistes d'organes se lançant la balle. Toute ressemblance avec des spécialistes existants est fortuite.

Rhumatologue et gastro-entérologue se lançant la balle.
Toute ressemblance avec des spécialistes existants est fortuite.

Demain, il a rendez-vous avez moi.

Je ne sais pas trop ce que je vais pouvoir lui dire. Je n’ai rien de nouveau à lui annoncer. Il le sait. Mais on discutera quand même. Des résultats, des options.
De l’avenir.

Parce qu’être généraliste, c’est aussi ça.

C’est continuer à se poser des questions, à chercher l’indice qu’on a pu manquer, la rustine qui serait plus efficace que les autres.

C’est rester quand Dr House a déclaré forfait, et accompagner son patient.
Même quand on ne sait pas trop où on va.