C’est dommage, quand même. Episode 5

J’ai fait mes études de médecine à la fac de médecine. Pendant mes études, j’ai eu des cours avec des futurs dentistes, un peu, pendant la première année, mais la première année je sais pas si elle compte vraiment. A la fin de cette première année qui ne compte pas vraiment, j’ai eu un stage d’un mois « d’initiation aux gestes infirmiers », qui a compté beaucoup plus. J’y ai côtoyé une chouette équipe d’aide-soignantes et infirmières, qui n’ont même pas râlé de devoir s’occuper de moi. J’y ai appris beaucoup.
Mais par la suite, on est restés entre médecins. Et une fois les ECN passées, on est restés entre internes de médecine générale. On croisait bien d’autres soignants en stage, mais pas de cours en commun, c’est pas le genre de la maison.

Faudrait pas mélanger.
C’est pas comme si on avait besoin de savoir travailler tous ensemble pour bien prendre en charge les patients, après tout.

#FacePalm. Alias la consternation devant l'absence de toute rencontre avec nos futurs collègues soignants pendant notre formation initiale.

#FacePalm. Alias la consternation devant l’absence de toute rencontre avec nos futurs collègues soignants pendant notre formation initiale.

Ça commence à évoluer timidement. Des initiatives enthousiasmantes comme celle-ci  commencent à voir le jour. Des enseignements pluriprofessionnels : par plein de soignants différents, pour plein de soignants-en-formation différents, pour apprendre à travailler ensemble.
Mais c’est compliqué à mettre en place. Parce que ça n’est pas encore dans les habitudes. Parce qu’il faut trouver des locaux pour accueillir tout le monde, et trouver des créneaux communs sur des emplois du temps alternant cours théoriques et stages… Sans parler des financements pour tout ça.

Du coup, pour le moment, plus de 99% des enseignements aux médecins sont fait exclusivement par des médecins, exclusivement à des médecins.

Alors qu’en 2014, les contraintes de « Non mais on peut pas trouver un créneau commun sur les agendas », on peut imaginer les gérer autrement. Prenez la formation continue. Mon groupe de pairs, j’y vais quand je veux (en suivant quand même un certain cadre, c’est pas la fête du slip, mais si je ne suis dispo que le jeudi matin, ou le soir après 22h, ça ne pose pas de problème). Les MOOC se développent de plus en plus, avec la même souplesse. Et puis il y a les réseaux sociaux, les blogs, les échanges au quotidien par ces plate-formes avec d’autres acteurs du système de santé, qui permettent de mieux oeuvrer tous ensemble (soignants, patients, usagers, politiques, tout le monde, finalement!), de mettre en place des actions communes.

C’est dommage, quand même, qu’en formation initiale, on en reste beaucoup au médico-médical.

Ça pourrait changer.

On en reparle demain?

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Ça pourrait changer 

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4 réflexions au sujet de « C’est dommage, quand même. Episode 5 »

  1. Ping : Une page qui s’ouvre | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

  2. Ping : C'est dommage, quand même. Episode 5 | Je...

  3. Les choses ont donc beaucoup changé car, de mon temps, beaucoup de cours étaient faits par des enseignants qui ne voyaient jamais un malade, la biophysique, la biochimie, la virologie, l’ana-path et je me sui toujours dit que la médecine ne commençait vraiment que lorsque l’on touchait des corps, sentait des corps, que l’on avait en face de soi un être humain qui « n’allait pas bien ». Et c’était là que l’on savait quel genre de médecins on pouvait être, on allait être, ou on ne serait jamais. A l’époque on ne parlait pas de soignants, terme vague de technocrates en mal de normalisation, on apprenait, je dis bien on apprenait, avec les infirmières ou les infirmiers, et avec des étudiants médecins, externes, internes, médecins, et, effectivement on ignorait « la vie ». Mais j’étais surtout un ignorant, j’ouvrais mes yeux, je me rappelle encore les premiers patients de la salle commune de médecine interne, des êtres humains malades qui avaient une famille, j’aimais venir quand tout le monde avait déserté, pour les interroger calmement, et je ne savais pas encore que cette maladie d’addison, ce syndrome de korsakoff, cette tuberculose osseuse, les trois premières maladies que j’ai côtoyées, je me les rappellerai, il y avait un maçon d’origine portugaise, un jardinier originaire de Lille et un Malien travaillant dans le bâtiment, d’une part je ne les oublierai jamais, et, d’autre part, que je n’en verrai plus jamais au cours de ma pratique…
    Un de mes enseignants, un néphrologue de ce service, m’avait dit : Note tous les malades que tu vois, tous les examens, toute la démarche diagnostique et thérapeutique, cela te servira toute ta vie. Je ne l’ai pas écouté et je le regrette maintenant. La médecine, c’est certes les autres, mais c’est surtout les patients, les patients, les patients (et un peu de travail), les écouter, tenter de les comprendre, les toucher, les sentir, les ausculter, les percuter, et le reste viendra de lui-même.
    Bonne soirée.

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