J’aime l’URSSAF (pour de vrai)

Travailler en libéral, par certains aspects, c’est très chiant.
Par exemple j’ai frôlé la crise de panique en découvrant trois enveloppes de l’URSSAF au courrier ce matin.

Mais à voir ce que vit ma copine PetitWombat, je me dis que j’ai quand même une chance énorme. 

PetitWombat, c’est une fille géniale, et l’un des meilleurs médecins que je connaisse. 

On s’est rencontré en P2, ce qui commence à remonter à naguère, voire jadis. On n’a pas vécu tout à fait les même études. J’avais la chance de rentrer chez papa-maman tous les jours après les cours, avec soutien et encouragements en prime, et je n’avais qu’à mettre les pieds sous la table le soir venu. PetitWombat n’avait pas trop de sous, une famille à quelques centaines de kilomètres sur laquelle il valait mieux ne pas compter, et devait enchaîner les petits boulots pour réussir à payer le loyer du petit studio qu’elle partageait avec Ristretto, son amoureux.
Pendant l’externat, PetitWombat et moi avons survécu à des stages plus ou moins faciles, aux examens, et à une garde d’Halloween dont nous parlons encore avec des trémolos dans la voix quand on se voit, façon anciens combattants.
J’avais mon petit train-train stage/fac/maison/révisions/dodo. PetitWombat, elle, avait un train-train stage/fac/nuit-en-maison-de-retraite-en-révisant-entre-deux-tournées/ maison/douche/et-c’est-reparti. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais y’a pas l’étape « dodo » dans la liste. Je ne sais même pas comment elle a tenu.

Mais elle a tenu. Elle savait ce qu’elle voulait faire comme métier, plus tard, quand elle serait grande. (Enfin vieille, quoi. Parce que grande, c’est pas dans ses paramétrages, à PetitWombat!). Elle voulait aider les gens, les accompagner. Elle a choisi une spécialité pas facile. Pas facile scientifiquement, pas facile techniquement, pas facile humainement parlant. Comme le petit train-train stage/fac/nuit-en-maison-de-retraite/maison/douche/et-c’est-reparti, ça ne facilite pas les choses pour avoir un classement de folie aux ECN, elle n’a pas eu le classement qu’elle méritait. Elle a eu la spécialité qu’elle avait choisie. Mais elle a dû partir loin pour son internat. 

Pendant l’internat, elle a rencontré ConnardBasique, son chef de service. ConnardBasique a réussi à lui faire croire qu’elle était un mauvais médecin, qu’elle n’étais pas faite pour ça. Mais ses patients lui ont prouvé le contraire. ConnardBasique lui a rendu la vie impossible. Ça n’a jamais été reconnu, parce que faire reconnaître un harcèlement professionnel aux affaires médicales, c’est pas simple. Mais elle a résisté, et prouvé qu’elle existait. ConnardBasique a aussi réussi le prodige de lui coller tout le boulot chiant du service pendant tout son internat, puis de décréter soudain quand elle est devenue chef de clinique que c’était aux chefs de clinique de faire le dit boulot chiant. 

Alors à la longue, elle en a eu marre. Elle a emporté son amoureux Ristretto dans ses valises, et ils sont partis. Encore plus loin qu’InternatCity, en quittant leur bel appartement, leurs amis, leur vie pas si mal installée. Vers de nouveaux horizons, un service tout joli et bien équipé, un SuperChef de service qui lui promettait de belles opportunités professionnelles. C’est seulement quelques semaines après leur arrivée là-bas que SuperChef s’est révélé être ConnardPervers. Promesses non tenues, manipulations, dessous de table, luttes de pouvoir et petits arrangements avec le règlement voire avec la loi, PetitWombat a découvert peu à peu l’étendue des dégâts.

Mais elle est partie si loin que faire demi tour est difficile. Et puis il y a les patients. PetitWombat aime ses patients, et ils le lui rendent bien. Elle sait leur rendre le sourire même dans les moments difficiles, elle leur redonne de l’espoir quand il n’y en a plus beaucoup, elle leur donne la sensation de ne pas être seuls, jamais, face à la maladie. Elle s’implique. Et rattrape les bourdes de certains de ses collègues, qui, par fainéantise ou incompétence, laissent parfois des patients dans des situations que je ne souhaiterais même pas à ConnardPervers.

Plus elle s’implique, plus il est difficile de partir. ConnardPervers l’a bien cernée. Il a bien compris qu’elle avait du mal à laisser les gens dans la panade, qu’elle avait du mal à laisser ses patients souffrir d’une mauvaise prise en charge. Il en profite. Mais elle en souffre. Jusqu’à en perdre des kilos que je ne soupçonnais pas qu’elle pouvait perdre. Jusqu’à en perdre le sourire. Jusqu’à inquiéter les gens qui l’aiment. 

Alors après beaucoup, beaucoup de temps, elle a pris une décision qui lui a demandé beaucoup, beaucoup de courage. Elle a présenté sa démission.

Elle ne sait pas ce qu’elle va faire ensuite. Il y a bien quelques options, mais la spécialité qu’a choisie PetitWombat est un petit monde. Et les éventuels futurs employeurs ont tendance à demander aux anciens employeurs comment ça s’était passé. Bizarrement, je crains que les recommandations de ConnardBasique et ConnardPervers ne rendent pas justice à la qualité du travail de PetitWombat. ConnardPervers ne s’est d’ailleurs pas gêné pour diffuser un courrier à tout l’établissement pour la faire passer pour une ingrate qui laisse tout le service en difficulté en partant sans raison sur un caprice. 

C’est à ses patients et à leurs familles qu’il faudrait demander une lettre de recommandation. Et aux équipes qui ont eu la chance de travailler avec elle. Et à ses internes et ses externes.

Son humanité, sa dextérité, ses connaissances, sa capacité d’écoute et d’empathie, en font l’un des meilleurs médecins que je connaisse.

Sa présence dans n’importe quel service serait un plus pour ses collègues, un plus pour ses étudiants, un plus pour les patients.

Et ça me rend malade de voir à quel point c’est secondaire face aux guéguerres de pouvoir qui gangrènent les hôpitaux.

Alors finalement, mes trois enveloppes de l’URSSAF de ce matin, je les aime.

J’aime l’URSSAF. Pour de vrai.

Parce qu’être son propre patron, ça permet aussi de ne pas perdre de vue l’essentiel. Être là pour ses patients, et s’épanouir dans la vie.

 

PS : Un jour peut-être, j’arriverai à convaincre PetitWombat de venir discuter sur Twitter. D’ici là je profite de mon blog pour lui faire un gros bisou. Ne lâche rien, c’est toi la meilleure! 

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15 réflexions au sujet de « J’aime l’URSSAF (pour de vrai) »

  1. Je me dis régulièrement la même chose… ouais c’est relou le libéral, la compta, l’URSSAF et tout le tintouin…
    Mais bordel je n’ai de compte à rendre qu’à mes patients et à moi. Je suis mon chef, et si le prix de mon indépendance c’est l’URSSAF… je paye sans soucis.
    Les fois où je suis tentée par un peu de salariat, je repense au monde de l’hôpital… et non merci. Vraiment.

  2. C’est très émouvant. Elle et toi êtes deux belles âmes. Je souhaite qu’elle trouve un truc bien, et qu’elle devienne SuperChefAdorable un jour…
    En attendant, si elle vient sur twitter, présente la nous, on lui fera des hugs en direct!

  3. Plein de bonnes choses à Petit Wombat et qu’elle laisse les méchantes influences derrière elle, elle n’aura rien à regretter 🙂 Bon courage !

  4. malheureusement le milieu medical n’est pas epargné par les pervers et autres sadiques, mais le medecin du travail n’a t-il pas son rôle à jouer? On y pense bien pour ses patients mais pas pour les medecins eux mêmes! Bon courage à elle en tout cas elle a beaucoup de merite en effet.

  5. Je plussoie, je valide, j’abonde. J’ai connu, aux différents étages de la hiérarchie hospitalière des salopard(e)s de ce genre là. Lire ton billet m’a rappelé l’une des raisons principales qui m’a fait visser ma plaque. Et pour ça, merci. Tous mes vœux de réussite au Wombat.

  6. juste se dire que si on essaie de vous empêcher d’avancer c’est que vous êtes dérangeant voire dangereux pour les incapables qui ont réussi à prendre un poste de pouvoir
    lorsque j’étais sage-femme en CHU je me suis souvent demandé pourquoi ce n’était pas les meilleurs médecins qui avaient les postes à responsabilité ( ou plutôt l’inverse pourquoi les plus nuls…)

  7. Dans tous les milieux professionnels un tant soit peu hiérarchisés, c’est la même chose: tu es j’m’en foutiste, tiède, désinvolte, incompétent, tu t’attires (éventuellement) les foudres d’en bas …
    Tu es professionnel, compétent, perfectionniste, responsable, humain, il se trouve TOUJOURS au dessus de toi un p’tit chef qui ne t’arrive pas à la cheville mais conscient (et jaloux) de ta valeur qui excelle à te pourrir la vie…l’hôpital ne fait pas exception…URSSAF, CARMF et CPAM sont là pour nous rappeler que nous de simples mortels fortement solvables, mais à côté de l’enfer quotidien que vivent certains, notre petit enfer perso a des allures d’Eden!
    Patience et courage à PetitWombat!!!

  8. Ping : J'aime l'URSSAF (pour de vrai) | Jeunes Médecins et Médecine Générale | Scoop.it

  9. Il y a plusieurs post en ce moment sur les difficultés d’exercer la médecine soit en libérale soit en milieu hospitalier, dans les deux cas les gens craquent face aux divers types de harcélement. N’ayant de part mon job connu que le travail en entreprise, j’ai connu comme PetitWombat les chefs surpersalopard et pervers, enfin un pervers en particuier. J’ai tenté tous les recours dont le médecin du travail sans effet, il n’a pas de pouvoir. Il reste la psychiatrie, les antidépresseurs ça marche superbien : on se fout de tout. Le problème c’est qu’on se fout aussi des gens qu’on aime, alors fuir est bien la meilleure solution. Ma fuite a été de militer syndicalement et de me desinvestir de mon job.

  10. Des harceleurs, des pervers, des vicieux, il y en a hélas partout, dans tous les milieux de travail; or on ne peut ni vivre indéfiniment sous anti-dépresseurs/anxiolytiques, ni prendre indéfiniment la fuite…ces gens là flairent à 10 km les types de personnalités « victimes potentielles », généralement pourvues de failles au niveau de la confiance en soi, de l’estime de soi, bref, de l’égo; failles qui passent inaperçues à la plupart, mais qui attirent les personnalités pathos comme un pot de miel les abeilles..vous suivez, là?
    Alors fuir, peut être, mais replâtrer les failles en faisant un travail sur soi, de façon à opposer au monde un mur sans failles est sur la durée la meilleure garantie de n’être plus pris(e) pour cible par les pervers et autres manipulateurs…

  11. Je souhaite a wombat le courage pour s’ en sortir! Malheureusement les pervers st partout, pas seulement ds les hôpitaux.moi aussi j’ ai connu des chefs et collègues salopard (es)! Et je suis loin d’ être ds le milieu médical.

  12. Super billet l urssaf est un amour dangereux avec des ruptures parfois aimables quand l inspection interne te contacte une heure avant l audience du Tass pour te confirmer la justesse de ta position après 10 LR et un mémo de 50 pages non lu
    Les CDS pervers ont toujours existé, dans le temps certains pbs se résolvaient avec joie à la gasconne avec de bons résultats: »chef si vous continuez je vais ruiner ma carrière voire pire mais avant j’aurais le grand plaisir de vous casser la gueule » cette mémoire s est perdue dommage…

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