Chacun sa route, chacun son chemin

Un des aspects que je préfère dans mon métier, l’un de ceux qui me rappellent que je suis vraiment médecin de famille, c’est de voir mes patients devenir parents. Suivre les grossesses, puis les bébés, puis les voir grandir et voir la famille s’organiser. Je trouve ça fabuleux de voir la diversité des itinéraires par lesquels passent mes patients pour construire leur famille.

Parfois, c’est la route considérée comme classique. Presque un cliché. Rencontre, vie en commun, parfois mariage, arrêt de contraception, acide folique, grossesse, nausées, gros ventre, bébé, adieu les grasses mats et bonjour les couches à changer, les gouzi-gouzis et les traces de régurgitations sur l’épaule.

Mais finalement, cette route classique n’est pas la plus fréquente.

Souvent, il y a des déviations.
Quand Delphine a fait une fausse couche alors qu’elle était installée depuis un an avec Mathieu, ça a été super dur. Elle en a pleuré longtemps. C’était il y a quatre ans. La semaine dernière, j’ai vu sa petite Juliette, 2 ans, accompagnée par son papa Clément, Mathieu ayant quitté le paysage depuis un bout de temps. C’est Juliette qui m’a raconté, toute contente, que sa maman avait un bébé dans son ventre.
Parfois, la route réserve de sacrées surprises. Il y a 10 ans, on a clairement expliqué à Paul et Nathalie qu’ils étaient stériles. Leur fils a aujourd’hui six mois. Comme c’était  pour eux impossible que Nathalie soit enceinte, même sans règles, fatiguée et nauséeuse, on a découvert la grossesse à 4 mois passés, c’était assez rigolo.
Il y a aussi des routes qui passent par des paysages exotiques et lointains. Tout le cabinet médical a retenu son souffle dans les suites du tremblement de terre en Haïti. On savait que deux de nos patients étaient partis y chercher leur fils. C’était déjà leur fils, ils le connaissaient depuis plus de deux ans, ils nous avaient déjà montré les photos. Heureusement, ils n’ont pas été blessés. Mais il a fallu 6 mois de plus pour que Théo vienne habiter en France avec eux. 
Parfois, la route est longue, la grossesse se fait attendre. Certes, arrêter sa contraception, ça ne veut pas dire qu’on va tomber enceinte aussitôt. Mais quand ça traîne trop, on y met du médical. Beaucoup de médical. Des courbes de température, des prises de sang, parfois un glamourissime test post-coïtal, et puis encore des prises de sang, et des injections, et des échos… 
Des parcours d’obstacles dans ce genre pour fonder une famille, j’en ai vus. 
Mais l’un des pires, c’est celui de Laetitia et Fred. Ça fait longtemps que leur projet de bébé est réfléchi et décidé. C’est qu’il fallait mettre des sous de côté, histoire de pouvoir financer les aller-retours à la clinique, les consultations, les prises de sang, les tests génétiques, les médicaments… C’est pas donné, tout ça. Et puis en terme d’organisation, il faut trouver des excuses pour s’absenter du travail du jour au lendemain parce que l’insémination, c’est demain, et que la Belgique c’est vraiment pas tout près.
Parce que oui, petit détail. Fred, c’est Frédérique, pas Frédéric.
Fred et Laetitia n’ont pas le droit d’adopter, parce qu’elles s’aiment et vivent ensemble, mais sont deux filles.
Pour la même raison, elles n’ont pas accès à la procréation médicalement assistée en France.
Alors elles ont décidé d’aller en Belgique pour mettre leur bébé en route, malgré les nombreuses contraintes que ça engendre.
Il fallait faire des prises de sang, des sérologies à répétition.
Il fallait des échos à J10 et J12 de chaque cycle, pour chaque insémination.
Elles ont été en Belgique une bonne quinzaine de fois en tout, mais pour le reste, on a tout fait sur place.
J’ai un peu hésité quand elles m’ont demandé les ordonnances. Pas sur la question de faire les ordonnances ou pas, mais sur la question du NR. NR, c’est pour Non Remboursé. C’est pour signaler qu’on est en dehors des recommandations officielles pour une prescription, et que la sécurité sociale ne remboursera pas les soins. Je suppose que j’aurais dû le noter dans ce contexte. En fait j’en sais rien, je ne sais pas s’il y a vraiment une règlementation concernant tout ça. En tout cas, je n’ai pas noté NR. Le labo et le radiologue se sont un peu étonnés que les examens ne soient pas pris en charge à 100%, comme c’est l’usage pour la procréation médicalement assistée. Fred a joué l’ingénue une ou deux fois, et ils ont arrêté de poser la question. La sécu n’a rien dit. Tous les examens que j’ai prescrits ont été remboursés. 
Ça me va très bien comme ça. Et si je suis convoquée par le médecin conseil de la sécu, je lui expliquerai mon point de vue. 
Je ne vois pas pourquoi les couples de deux hommes ou de deux femmes ne pourraient pas avoir d’enfants. La preuve, certains et certaines en ont déjà. Et je ne comprends pas où est le problème. 
Les opposants à l’homoparentalité disent mettre en avant le bénéfice de l’enfant. Ils brandissent le spectre d’une mise à l’écart de ces enfants grandissant dans des familles atypiques, ou celui de difficultés de construction psychique, parce que certains psys disent que Freud a dit que ça pouvait pas marcher s’il n’y avait pas un papa et une maman. 
Mouais. 
Sauf que plein d’autres psys s’accordent à dire que les enfants trouveront toujours une figure masculine et une figure féminine dans leur entourage, même avec des parents du même sexe, et que ce n’est pas ça qui va les empêcher d’avoir un développement psychique et émotionnel normal.
Et que les études disponibles sur le sujet ne montrent pas de différence entre les enfants élevés dans des familles avec parents hétéros, et ceux élevés dans des familles homoparentales. 
Tout ce raisonnement, il repose sur un argument qui ne tient pas. Sur un soi-disant principe de précaution du « ça pourrait éventuellement peut-être être plus difficile alors il vaut mieux pas ». 
Si on veut être logique, il faut alors interdire l’adoption et la procréation médicalement assistée à plein de monde. Aux pauvres (ben oui, élever un enfant ça coûte cher, et puis on sait bien que les pauvres deviennent plus souvent délinquants et chômeurs, on ne va pas imposer ça à un enfant!). Aux handicapés (Brrr, des parents sourds, ils n’entendraient même pas pleurer leur bébé, ce serait hyper dangereux!). Aux fumeurs (parce que les enfants exposés au tabagisme passif sont plus à risque de bronchiolite et d’asthme). Aux gens malades (parce qu’il faut être en forme pour s’occuper d’enfants). Et ainsi de suite. 
Refuser le droit d’avoir des enfants à un couple simplement parce que c’est un couple formé de deux personnes de même sexe, c’est purement et simplement de la discrimination. On ferait la même chose pour les aveugles ou les chômeurs, tout le monde crierait au scandale, et à raison. 
Des itinéraires pour construire sa famille, il y en a autant que de familles. Nous sommes tous différents, et cette diversité fait la richesse de nos sociétés humaines.
La route pour devenir parent est déjà suffisamment difficile comme ça. Je trouve injuste d’y ajouter des obstacles et des sens interdits à des couples qui s’aiment et souhaitent donner un foyer à un enfant. 
Pour Fred et Laetitia, le chemin continue : après quatre inséminations, Fred est enceinte de 6 mois, et tout se passe très bien.
J’espère vraiment que si, dans quelques années, elles souhaitent donner un petit frère ou une petite soeur à leur aîné(e), le chemin qu’elles auront à emprunter sera devenu un peu plus facile. 
 
 
PS: une réflexion intéressante par ici, et un témoignage émouvant par là
 
 
 
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21 réflexions au sujet de « Chacun sa route, chacun son chemin »

  1. Merci. Merci pour ce billet, parfaitement écrit, comme à ton habitude. Tes mots sont justes, à tout point de vue. En espérant également que la route sera bientôt moins difficile, et que la montagne soit moins haute à gravir. Merci également des liens vers mes billets.

  2. Petite étoile… La vie est constellé de belles rencontres, de personnes qui tendent naturellement la main vers les autres, de petites étoiles qui brillent dans la nuit…
    Dans un parcours de PMA il en faut des étoiles. Des milliers. Des pharmaciens qui ne se questionnent pas trop. Des laboratoires qui ferment les yeux. Des collègues de boulot qui acceptent de remplacer au pied levé. Des avions qui sont à l heure et des hôtels pas trop chers.
    Mais l étoile principale celle autour de qui tout ce petit monde gravite

  3. Cette étoile donc c est le médecin. Ou gynécologue. Qui accueille et écoute, conseille, approuve, s adapte aux cycles, aux demandes les plus farfelues des cliniques de toute l Europe….
    Merci à vous, merci à toutes mes étoiles qui éclairent mon parcours de PMA… Ces enfants de l amour sont conçus grâce à vous…
    Remerciements sincères…

  4. Je laisse mon premier commentaire ici, j’aime beaucoup cet article et je partage le même point de vue ! Il y a à peine quelques jours j’apprenais que des amies allaient voir leur rêve se réaliser (et leurs nuits se raccourcir !) dans quelques mois, j’en suis encore toute émue 🙂

  5. Je partage en bonne partie votre point de vue, mais quelques remarques au sujet de l’adoption: en pratique, il est nettement plus difficile d’adopter lorsqu’on est malade ou handicapé… Certains pays étrangers refusent de confier leurs enfants à des personnes ayant certains problèmes de santé (en particulier la Chine, qui a des critères très restrictifs pour confier des enfants à l’adoption internationale, que ce soit en termes de santé, de revenus, de niveau d’études…) et même en France, une maladie ou un handicap n’est pas forcément un obstacle à l’agrément, mais ensuite, quand il y a des dizaines de couples en attente pour chaque bébé pupille de l’Etat, entre un couple en bonne santé et un couple où l’un des deux est handiapé, si les rapports d’agrément sont bons des deux côtés, c’est en général le couple en bonne santé qui sera choisi. (D’ailleurs, il est probable que, même lorsque l’adoption pour les couples homos sera autorisée, en pratique il n’y ait quasiment aucun pupille confié à des couples homos, étant donné les listes d’attente déjà saturées pour les couples hétéros stériles…) Dans un contexte où les enfants adoptables (que ce soit en France ou dans le monde) sont nettement plus nombreux que les candidats à l’adoption, la « discrimination » est déjà présente à de nombreux niveaux: en gros, on a beaucoup plus de chances d’adopter si on est un couple (hétéro) marié, relativement jeune, stérile, avec des revenus corrects et un bon niveau d’éducation, que s’il manque un de ces critères.

    Par ailleurs, si la PMA devient ouverte aux couples de lesbiennes, je me demande au nom de quoi l’on continuerait à ne pas l’ouvrir aux femmes célibataires, ou de plus de 43 ans. Ensuite il reste le problème du faible nombre de dons de sperme par rapport à la demande (à l’heure actuelle, je crois que les délais dans pas mal de CECOS sont de l’ordre de 1 ou 2 ans, il me semble qu’en Belgique la situation n’est pas comparable car les conditions pour les donneurs sont moins restrictives, et le don direct est possible), mais c’est un autre problème (en particulier, je ne sais pas si la demande venant de couples lesbiens serait si importante en volume qu’elle rallongerait nettement les délais existants pour les couples hétéros stériles).

    • Merci pour ce commentaire.
      La situation concernant l’adoption est encore pire que celle que j’imaginais… J’apprends par votre commentaire et d’autres réactions qu’effectivement, les gens qui ne rentrent pas pile poil dans le cadre « jeunes en bonne santé riches et ayant le bac » ont toutes les difficultés du monde à adopter pour de vrai.
      Ça m’attriste.

      Surtout dans ce contexte où comme vous dites, les enfants adoptables sont plus nombreux que les candidats à l’adoption.

      Soupir…

      • Oups, j’ai fait une grosse faute de frappe ! Les enfants adoptables sont TRES nettement MOINS nombreux que les candidats à l’adoption, pas le contraire ! Du moins pour les enfants de moins de 3 ans sans handicap, ce qui correspond aux voeux de la grande majorité des candidats à l’adoption (et par exemple, certains pays ne proposent plus à l’adoption internationale que des enfants handicapés ou de plus de 6 ans, c’est-à-dire en gros ceux pour lesquels ils ne trouvent pas de parents adoptifs dans le pays). Ce qui expliquent que les délais soient si longs, et explique aussi, justement, que les conseils généraux (pour les adoptions de pupilles en France) et les organismes agréés d’adoption (pour les adoptions internationales) soient submergés de demandes de candidats à l’adoption. Et que donc, ils puissent se permettre de « faire les difficiles » en sélectionnant les dossiers (par exemple, la plupart des conseils généraux ont un âge maximal officieux de 40-42 ans environ pour la mère pour l’adoption d’un pupille, et même avec cette limite, l’attente est d’au moins 3 ans, et souvent de 5 ans ou plus car il naît de moins en moins de bébés sous X…)

        A ce que j’en sais, les critères financiers sont rarement prépondérants: la démarche d’agrément vérifie que le(s) candidat(s) à l’adoption a les moyens d’élever décemment un enfant (logement correct…) mais je n’ai jamais entendu parler de refus d’agrément pour des questions financières. Et les adoptions en France sont entièrement gratuites. Pour les adoptions à l’étranger, il y a un coût (lié en particulier à la nécessité d’aller sur place, parfois plusieurs fois ou pour une durée éventuellement longue, et aux frais d’avocat, de procédure, de traductions assermentées, etc.) et là effectivement un couple ayant des revenus très faibles aura plus de difficultés. Le critère le plus important est surtout d’avoir de bons rapports d’agrément, mais pour chaque enfant à adopter il y a pléthore de candidats avec un bon rapport d’agrément… Par ailleurs, pour certains pays étrangers, le fait de devoir faire adopter une partie de leurs enfants est quelque chose d’assez culpabilisant, donc je pense que les autorités ont tendance à exiger beaucoup de critères de la part des adoptants d’une part pour « assurer l’avenir » des adoptés, et d’autre part pour montrer à leur propre population qu’ils ne font pas adopter les enfants « par n’importe qui »…

        Bref, par certains côtés je ne blâme pas les OAA et les conseils généraux, au sens où il est bien difficile de choisir dans un contexte pareil (et où par exemple ils peuvent penser que, tant qu’à choisir, il est peut-être plus facile pour un enfant adopté d’avoir des parents de moins de 45 ans plutôt que des parents plus âgés qui n’auraient pas été en âge de procréer, ou qu’un couple ayant de gros problèmes de santé risque d’être moins disponible pour l’enfant si celui-ci réclame un suivi particulier ou passe par des périodes difficiles…)

  6. Merci pour ce billet aux mots si justes.
    J’ai la chance d’avoir le même medecin depuis 30 ans, qui suit mon papa, mes enfants, qui me connait par coeur, c’est important.
    Concernant le débat actuel, il m’exaspere, j’espere bientôt que le parcours de Fred et Laetitia sera bientôt un vieux souvenir comme les avortements clandestins.
    Cette hypocrisie de dire qu’un enfant a besoin de deux parents de sexe opposé alors qu’aujourd’hui il a des millons d’enfants issus de familes monoparentales ou homo, et ils sont beaux nos enfants, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur !

  7. Juste pour répondre sur l’adoption.
    SI ‘l’on empêche d’adopter aux couples homosexuels , il ne faut pas croire qu’ils sont les seuls a être laissé sur le bord de la route . En effet pour les sourds l’adoption est très difficilement envisageable , en France on leur donne l’agrément mais on « impose » un enfant sourd et les OAA leur tourne le dos (à l’étranger il y a de sacrés critères à remplir pour pouvoir adopter … sauf si on s’appelle Madonna ! ) . Et c’est ainsi pour tous les handicap . Le dossier , après l’agrément passe sans cesse en dessous de la pile … Donc tu vois finalement il y a bien une cohérence , une cohérence dans l’injustice mouai !

  8. Bonsoir
    J’aime ce point de vue, je le rejoins presque entièrement. En effet, me pose la question du « droit à avoir des enfants ». Comme le disent si bien certains psychothérapeutes (reniant allègrement Freud), un enfant a besoin de parents pour se réaliser et vivre. Un adulte n’a pas besoin d’enfant pour se réaliser et vivre. (on est dans les mêmes disposition dans les déclarations des droits de l’homme et celle de l’enfant)

    Confronté régulièrement (voire quotidiennement) à cette question, je me permets de l’apporter ici : à qui appartient ce droit ?

    Encore une fois, peu m’importe les sexes des deux parents. On est parent si on a accepté la fonction que ça implique : s’occuper de pourvoir aux besoins d’un enfant, le protéger, et lui permettre de devenir qui il est. Pour faire du café du commerce, y a des gens qui ont le « droit » d’avoir un enfant qui font plus de mal à cet enfant que ceux qui n’en ont pas le droit, parce qu’ils ne correspondent pas à l’image matrimoniale du 19e siècle.

    Néanmoins, je me permets de me méfier de ce « droit à l’enfant », porte ouverte à tout, et parfois malheureusement pas au bien-être de l’enfant (sans manichéisme)

  9. Merci de ce billet.
    L’ouverture du droit à l’adoption aux homos est effectivement probablement un « leurre », vu les critères des autres pays.
    Mais elle permettra surtout à Fred d’adopter l’enfant de Laetitia (ou l’inverse), alors que pour l’instant cet enfant à naitre n’a qu’un parent légal. (mais où est l’intérêt de l’enfant)?
    Les cliniques en Belgique n’ont pas (trop) de souci d’accès au sperme car elles se fournissent souvent au Danemark, grand pays fournisseur de « gamètes de vikings », certaines banques de sperme vendent le concept de l’enfant blond aux yeux bleus. Oui, c’est glauque le tourisme procréatif.
    Mais quand les enfants sont là, après des années de bataille (et, oui, avouons-le, un sacré budget!), quand ils grandissent, quand le médecin généraliste qui nous a aidé à faire ces satanées démarches en France les voient régulièrement pour leur bilan… On oublie tout.
    Je suis d’accord avec les débats sur le droit à l’enfant, mais n’oublions pas que dans chaque famille ce sont les adultes qui décident (ou non) d’avoir un enfant, de le garder, de faire (ou non) des frères et soeurs. Si on étudie la capacité de la famille, faisons-le pour tous.

    AnneSophe,
    (Maman d’un loulou de 5 ans 1/2 conçu aux Pays-Bas et d’une louloute de 3 ans1/2 conçue au Danemark, désirés, attendus et élevés avec ma compagne.)

  10. Question à Anne-Sophe (peut-être indiscrète, mais vous n’ête pas obligée de répondre): il me semble que les donneurs danois sont rémunérés (aux Pays-Bas, je ne sais pas), est-ce que c’est un aspect que vous envisagez d’aborder un jour avec vos enfants ? Est-ce que cela vous a posé problème lors de votre démarche ?

    Je dois dire que c’est un aspect de la PMA avec donneur qui me gêne pas mal sur le plan éthique: il me semble que les seuls pays qui ont des donneurs de gamète en nombre important sont ceux qui proposent une compensation financière. Dans les autres pays (dont la France), il y a pénurie, listes d’attente, et parfois d’ailleurs une gestion des priorités qui se fait dans la plus grande illégalité (par ex en France, de nombreux CECOS raccourcissent les délais d’attente pour les personnes qui peuvent amener un donneur, le sperme du donneur étant utilisé pour un autre couple… Et tant pis pour ceux qui n’ont aucun donneur dans leur entourage ! Là on est vraiment dans le « la fin justifie les moyens »). Je me souviens par exemple avoir été assez glacée, à une époque où je fréquentais un forum sur l’infertilité, de voir des femmes s’envoyer des adresses de centres en Espagne, en précisant que là-bas les donneuses d’ovocytes étaient plus jeunes qu’en France (et donc leurs ovocytes de meilleure qualité) parce que c’étaient souvent des étudiantes en manque d’argent, avec d’ailleurs une vague de dons au moment de la rentrée scolaire… Sans parler de cas encore plus glauques comme par exemple les mères porteuses en Inde.

    Bref, déjà pour faire face aux cas de stérilité existants chez les couples hétérosexuels j’ai l’impression qu’à l’heure actuelle, c’est soit la pénurie, soit la marchandisation des gamètes (ou des utérus)… Et donc pour les couples homos désirant des enfants, la question risque de continuer à se poser aussi même si une loi autorisant la PMA en France était adoptée (de manière plus dérangeante pour les couples d’hommes, étant donné tous les problèmes éthiques soulevés par l’utilisation de mères porteuses, mais même pour les femmes, il restera peut-être plus simple et plus rapide de continuer à aller à l’étranger pour avoir recours à un don de sperme, surtout si par exemple les CECOS donnent la priorité aux couples hétéros…)
    Et hormis le recours au don, sinon il ne reste guère que la coparentalité (qui pose sans doute d’autres problèmes au quotidien, en particulier en l’absence de statut légal des beaux-parents).

  11. Bonjour
    On entre là dans toute la question et la glauquitude du tourisme procréatif.
    Par rapport à ta question sur le donneur ou « vendeur » de sperme, oui, ça nous a posé question. J’aurais préféré rester aux Pays-Bas, où les donneurs ne touchent pas d’argent, et où ils doivent déjà être papa. Mais, la clinique où nous allions depuis plus de 5 ans s’est transformé pendant tout ce temps en vrai pompe à fric sur les lesbiennes étrangères. Alors même que les tarifs des interventions sont fixées par l’Etat, ils inventaient des nouveaux tarifs que pour les étrangères, ils oubliaient de nous dire des trucs primordiaux… bref, on n’avait plus du tout confiance en eux, or un minimum de confiance est nécessaire. J’ai donc contacté toutes les cliniques de fertilité des Pays-Bas, (dont la plupart ne comprenaient pas pourquoi nous voulions quitter la France, snif snif!), et nous devions repartir sur des listes d’attentes d’au moins 18 mois.
    Au Danemark, zéro liste d’attente.
    Ne rajeunissant pas, ayant peur de mettre 5 ans à tomber enceinte à nouveau, nous avons opté pour le délai vs le don gratuit. On assume.
    Et il n’y a pas de tabou avec nos enfants. On leur dira les choses comme elles sont, oui, pour notre fils le monsieur a donné sans toucher d’argent, pour notre fille il en a touché. Mais on a choisi ça parce qu’on avait tellement envie d’avoir cet enfant, on a pensé que c’était la meilleure solution. On existe sans nos enfants, ils existent en dehors de nous (et ça va pas s’arranger!), mais en tout cas ils savent qu’ils ont été désirés, et que ça n’a pas été simple de les avoir. Et qu’on les aimeuh;-)

    Sinon le fait de raccourcir les délais si on apporte un donneur de gamètes est assez courant, c’est pareil aux Pays-Bas, en Belgique… Ca n’est pas super choquant à mes yeux.

    Cordialement

    AnneSophe

    • Anne-Sophe: merci pour toutes ces précisions. Et la franchise est sûrement la meilleure solution.

      Je me demande s’il y a des études sur la perception du don de gamètes (enfin surtout don de sperme, vu que ça doit être beaucoup plus courant que le don d »ovocytes) par les enfants issus du don une fois qu’ils ont grandi: est-ce que l’aspect éventuellement commercial les choque ? Est-ce qu’eux-mêmes seraient prêts à envisager de faire un don ? Etc.
      Mêmes questions au sujet de la GPA. On lit parfois que, pour les enfants adoptés, le moment où eux-mêmes ont des enfants peut être difficile psychologiquement car ils se posent beaucoup plus de questions sur les conditions de leur propre conception et de leur propre naissance, je me demande par exemple si devenir père serait une étape plus délicate psychologiquement pour un homme né d’un don de sperme.

      Je me rappelle avoir vu des témoignages assez négatifs d’enfants nés de dons de gamètes (dans un contexte hétérosexuel), en particulier au sujet de l’anonymat des donneurs, mais dans beaucoup de cas il s’agissait d’enfants qui avaient appris tardivement qu’ils étaient issus d’un don (soit parce que les parents avaient essayé de le cacher, et parfois la « révélation » était le fait d’un tiers, soit parce qu’ils avaient choisi de l’annoncer tard à l’enfant… Bref, un peu comme ce qui se passait pour les adoptions il y a plusieurs décennies !), et dans certains cas le père « légal » avait mal assumé le don et l’attachement s’était mal fait…
      Dans le contexte d’un couple lesbien, au moins, les mères ne risquent pas d’être tentées de mentir. 🙂

      « Sinon le fait de raccourcir les délais si on apporte un donneur de gamètes est assez courant, c’est pareil aux Pays-Bas, en Belgique… Ca n’est pas super choquant à mes yeux. »

      Je ne sais pas quelles sont les conditions légales d’accès aux dons au Benelux. Mais en France, je trouve cela plutôt choquant car il n’y a rien dans la loi à ce sujet, et chaque CECOS fait un peu comme il veut, d’où une rupture d’égalité des patients d’un CECOS à l’autre… et puis peut-être aussi une tendance à vouloir les pousser à mettre la pression sur leur entourage pour obtenir des dons (certes, contrairement au don d’ovocytes, un don de sperme ne comporte aucun risque pour la santé, mais ce n’est tout de même pas anodin, et j’imagine que ce doit être culpabilisant de dire non à un proche à ce sujet).

      Il me semble avoir lu que dans certains pays où la PMA n’est pas (ou peu) remboursée par la Sécu, certains centres font des tarifs plus bas aux couples pour lesquels le membre non infertile accepte de faire un don (par ex. pour un couple qui doit subir une FIV pour cause de problème chez l’homme, la femme est incitée à faire un don d’ovocytes). Ce doit être bien commode pour eux pour obtenir plus de gamètes, mais on peut se demander s’il n’y a pas des couples qui font un don parce que c’est le seul moyen pour eux d’avoir accès à la PMA, mais qui ensuite le regrettent ou culpabilisent.
      Bon, désolée de m’éloigner pas mal du sujet… Mais j’ai l’impression que, quels que soient les changements dans la loi, il paraît difficile d’arriver à une situation satisfaisante éthiquement parlant en ce qui concerne l’accès aux dons (et sans doute encore plus pour les dons d’ovocyte, étant donné que les contraintes pour les donneuses sont plus grandes).

  12. Je vous lis depuis quelques jours, mon regard est celui d’une simple patiente, et c’est assez étonnant de lire vos états d’âmes quand on se trouve de l’autre côté du bureau. C’est un peu comme les profs quand on est jeune que l’on réduisait à leur simple fonction, pour nous ils n’avaient pas de vie en dehors de la classe. Le médecin c’est un peu pareil, il n’a de fonction que de soigner, et le reste ne le regarde pas.
    J’ai longtemps cru cela, ayant consulté pendant 20 ans un généraliste de campagne. Sympa, mais pas très loquace, expliquant peu et posant très peu de questions, la consultation était en général bouclée en 15 minutes (ce n’était pas trop le cas pour le reste de sa patientèle, très âgée). Ça m’allait tout à fait: il prescrivait peu de médicaments et n’a jamais fait de grosses conneries. Il ne le disait jamais son avis, je ne lui disais pas grand chose de moi, et c’était très bien comme ça.
    Je déménage à l’autre bout de la France, et quelques mois après mon installation je me décide à consulter un nouveau médecin (oui, je ne suis pas souvent malade), une femme cette fois. Le premier rendez-vous fut très déstabilisant pour moi: je me suis pris une nouvelle pratique de la médecine généraliste en pleine face. Elle m’a littéralement bombardée de questions, non s’en m’avoir au préalable soumise à un interrogatoire poussé sur mon passé médical (et ou j’ai du énumérer toutes les drogues que j’avais prises, grand moment…).
    J’ai du passer pour un ours, répondant par bribes à toutes ces questions qui pour moi relevaient plus de la vie privée que de la santé. Je suis ressortie de là en me disant qu’il fallait que je me déniche un vieux toubib taiseux.
    Mais nan en fait.
    Je me souviens avoir repensé pas mal à cette consultation (forcément, choix du médecin traitant toussa) et m’être demandé ce qui clochait, d’où provenait ma gène, et qu’est-ce qui n’était pas professionnel dans son attitude. Et j’en ai conclu que rien dans cette consultation n’était sorti des clous, je n’étais juste pas habituée au fait qu’un généraliste s’intéresse à moi et veuille me connaitre avant de me soigner. Grande révélation.
    Je suis donc retournée la voir. Pas beaucoup parce que pas nécessaire. J’apprécie son franc parler, et son attitude détendue. Elle a résolu deux-trois trucs qui clochaient d’un point de vue santé. Mais je suis toujours un peu surprise de cette liberté de ton, habituée à un monde de la médecine feutré ou jamais un gros mot ne fusait. Je me suis rendue compte qu’il allait falloir que l’on noue une relation, comme un contrat.
    Mais je m’aime bien, alors je vais continuer d’aller la voir. Et je comprend mieux son point de vue quand je lis le votre 🙂

  13. bonjour
    franchement il est très touchant ce billet, si tous les médecins gynéco pouvait être ouvert ça nous faciliterai bien la vie, j ‘ai 39 ans et pas d’enfants, ce n’ai pas un choix la vie a fait les chose comme cela, après avoir tenté différente chose pour avoir un enfant je me tourne vers une coparentalité active, ceux ci étant j’ai une particularité qui fait que la conception d’un enfant peut être plus difficile que pour une autre femme, mais, alors lorsque je vais rencontré ce gynécologue que je ne connais pas, que va t il se passé? que vais je lui dire? que je suis avec un homme mais que ce n’ai pas mon conjoint mais qu on souhaite un enfant! que va t ‘il me dire? faut il que je mente et que je dise que je suis en couple depuis longtemps que nous essayons depuis un certain temps et que ça ne marche pas! que de question perturbante, comment faire? j’habite vers nantes – st nazaire alors vos idées vos connaissances, vos experiénces, si vous connaissez un médecin-gynécologue prêt a aider a soutenir a accompagner , oui je suis preneuse !

    merci pour tous bon courage a tous

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